Si les joueurs parisiens s’en sortent souvent très bien devant la commission de discipline, c’est grâce à lui. Avocat du PSG depuis 4 ans, François Klein défend les intérêts du club dans une multitude d’affaires de Paris à Nyon (Suisse), où siège l’UEFA. Ce spécialiste du droit du sport nous reçoit dans son cabinet des Champs-Elysées pour en discuter et nous raconter son parcours. 

 

Bonjour M. Klein, à quelle date a débuté votre implication dans le sport et plus particulièrement le foot ?

J’ai la chance de travailler dans le foot depuis 31 ans. C’est une passion donc j’ai vraiment de la chance d’avoir accroché un dossier en 1986. Les études de droit ne vous amènent pas naturellement au sport…

 

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Quel dossier aviez-vous accroché ?

Dans ce cabinet, KGA Avocats, on travaille depuis très longtemps avec le groupe Lagardère. Et en 1986, le Racing est monté en première division à la suite d’un match assez amusant. C’était un barrage contre Nice. Nice menait 1-0 lorsqu’un orage monstrueux s’est abattu sur Colombes, obligeant à rejouer le match ; le Racing a remporté ce second match. Les gens racontaient que Jean-Luc Lagardère avait envoyé des avions pour déverser des trombes d’eau lors de la première rencontre pour obtenir de faire rejouer le match. J’ai été missionné pour ce dossier quand j‘étais jeune avocat. J’ai entendu « foot » donc moi j’ai tout de suite répondu « je m’en occupe ». C’est grâce à ce dossier que je suis devenu l’avocat du Matra Racing puis de l’UCPF (l’Union des Clubs Professionnels de Foot) et d’autres clubs. Le 4 mai dernier, j’ai défendu Motta et Di Maria devant la commission de discipline (ils prendront deux matchs ferme, une décision plutôt clémente, ndlr). C’est essentiellement des dossiers en foot mais on travaille aussi dans d’autres disciplines et notamment le tennis.

 

Comment avez-vous commencé à défendre les intérêts du PSG ?

C’est une longue histoire, d’abord on a travaillé avec le PSG du temps de Canal, puis le Club a été vendu et on n’a plus travaillé avec eux. Mais depuis quatre ans, je m’occupe de tout ce qui est disciplinaire tant au niveau national (devant les instances de la Ligue, de la FFF) qu’au niveau européen (devant les instances de l’UEFA).

 

De quelle manière s’organise le pôle juridique du PSG ?

Il y a une équipe de juristes en interne. Je ne suis pas le seul avocat du PSG, on est quelques-uns. L’un des conseils principaux de Nasser c’est Sophie Jordan. C’est une ex-avocate qui suit les qataris mais elle n’est pas dans les dossiers sport directement.

 

Depuis leur arrivée, les qataris privilégient vraiment leur cercle de confiance ? 

Oui mais pas seulement. Pour ma part, je connais bien Olivier Létang, qui était DG du Stade de Reims. Il y a quatre ans, il m’a appelé : « Tu peux défendre Zlatan ? ». Zlatan avait bousculé le gardien de Saint-Étienne. Il savait que je connaissais bien la commission de discipline de la Ligue. J’ai siégé dans des instances de la Ligue, et je siège encore dans l’une d’entre elles. Je connais bien tout ce qui a trait au match lui-même. C’est du juridico-sportif.

 

François Klein, avocat du PSG, en novembre 2014

François Klein en novembre 2014, au moment de l’affaire du coup de tête de Brandao sur Thiago Motta

 

On imagine que cette expérience est un sacré avantage devant la commission de discipline.

Comme toute spécialité, oui. Vous savez ce qu’ils aiment entendre. Je n’arrive pas avec un mémoire de 12 pages et le code du sport sous le bras. Quand vous travaillez dans le milieu du sport depuis si longtemps, vous vous connaissez les uns, les autres. Ça ne veut pas dire que l’on a un traitement de faveur, mais vous savez comment ça marche, comment les sensibiliser et sous quel angle attaquer un dossier.

 

En général, vous gérez les affaires directement avec la direction ?

Oui, je suis en contact avec la direction sportive et avec la direction juridique. De temps en temps, je rencontre les joueurs comme par exemple dans le dossier de Thiago Motta, qui avait reçu un coup de tête de Brandao. Là, la commission de discipline avait ordonné une enquête donc j’ai vu Thiago qui est venu. J’avais accompagné David Beckham aussi une fois.

 

Comment se passe une audience devant la commission ?

D’abord on visionne tous ensemble les images des incidents. Un rapporteur peut ensuite prendre la parole pour faire un bref rappel des faits. Puis, lorsque les joueurs sont là, on les auditionne sur les faits. Ensuite, le président ou le représentant du club fait quelques observations avant que son conseil prenne la parole. La commission de discipline de la Ligue est aujourd’hui présidée par Sébastien Deneux (avocat).

 

 

« Serge Aurier n’aurait pas troublé l’ordre britannique »

De l’intérieur, comment a été gérée l’affaire Serge Aurier, interdit de territoire britannique juste avant le match contre Arsenal (nov. 2016) ?

En fait, on est surtout intervenu au niveau de l’Angleterre en coordination avec un cabinet d’avocat local. Serge Aurier s’est d’abord vu délivrer un visa puis ils lui ont retiré. On a essayé avec l’aide de l’UEFA, d’obtenir la levée de cette interdiction de territoire mais on ne l’a pas obtenue. Concernant le volet pénal de ce dossier, Serge Aurier a son propre avocat.

 

Ça pourrait forcément compromettre un transfert en Angleterre, non ? On parle de lui à Manchester United.

La procédure au pénal étant toujours pendante, il devrait, à mon sens, être encore interdit de territoire.

 

Vous aviez rapidement donné des interviews dans la presse en vous disant « choqué ». 

Est-ce que je suis vraiment choqué ? Il a eu une peine minime avec sursis et il sera, peut-être amnistié donc cette décision de refus de visa paraît disproportionnée. À la limite, on aurait pu l’autoriser, pour raisons professionnelles, à rentrer sur le territoire le temps du match. Il n’aurait pas pu troubler l’ordre public britannique. Pour moi, cette décision reste incompréhensible quand on voit les faits de l’espèce.

 

Serge Aurier face à Arsenal en septembre 2016 au Parc des Princes

Serge Aurier face à Arsenal en septembre 2016 au Parc des Princes

 

Vous travaillez avec les joueurs sur des affaires plus personnelles ?

J’ai un certain regard sur ce que je peux faire et ne pas faire. Je dois faire attention à ne pas me retrouver dans une situation de conflit d’intérêt. À partir du moment où je suis choisi par le club, je travaille pour les joueurs seulement si j’ai l’accord du club. Je suis mandaté par le club et le joueur.

 

Quels sont les autres clubs de Ligue 1 avec lesquels vous travaillez ?

Le Stade rennais. Je suis quelques affaires du club. En 1998, notre cabinet a accompagné Monsieur Pinault quand il a pris le contrôle du Stade rennais. J’ai aussi travaillé avec Reims du temps d’Olivier Létang. Après, les clubs s’adressent plus facilement à leurs avocats locaux. Mais de temps en temps, ils me demandent mon avis, pour l’international notamment.

 

Ça peut poser problème dans certains cas de travailler avec différents clubs ?

Non, parce que je ne suis jamais dans les affaires qui opposent deux clubs.

 

 

Lettre à l’UEFA et vidéo

Concernant la fameuse lettre qui recense les erreurs d’arbitrage de Barça-PSG envoyée à l’UEFA. Cela sert vraiment à gagner de l’influence auprès des instances ou est-ce que c’est de la com’ pour les supporters ?

L’objectif de cette lettre, c’était d’abord de défendre un peu le club. À une décision d’arbitre près, ils ne perdent pas. Il y a quand même eu une accumulation de choses un peu bizarres dans ce match. Je ne soupçonne pas les arbitres ; celui-là a fait un certain nombre d’erreurs. C’était pour défendre nos joueurs et montrer à l’UEFA qu’on est un grand club. C’est toujours la même chose : est-ce que les grands clubs sont protégés ? Regardez ce qui est arrivé au Bayern face au Real avec les buts hors-jeu de Ronaldo… Je ne crois pas que les arbitres soient achetés. Ils sont humains, ils ont beaucoup de pression, surtout lors des matchs importants, et les clubs habitués à ces compétitions le savent et exagèrent cette pression.

 

L’arbitrage vidéo va peut-être favoriser votre travail. 

Le problème de la vidéo, c’est comment l’utiliser et jusqu’où remonter? Le foot est un sport qui se joue en continu. J’ai peur que ça dégénère même si je pense qu’il faudrait s’inspirer d’autres sports comme le rugby. Ce que j’aime au rugby c’est que les mecs ne discutent jamais avec l’arbitre. Dans le foot, les joueurs parlent à l’arbitre, contestent ouvertement leurs décisions et parfois même le bousculent, ce n’est pas normal. Après Knysna, nous avions, avec plusieurs intervenants dans le foot, rédigé les 101 propositions pour le foot, sur une idée de Gérard Ejnès de L’Equipe. Dans cet ouvrage, j’avais finalement conclu que le foot ne serait pas le foot sans ces interactions avec l’arbitre. Quelque part ça fait partie du spectacle.

 

Ça a donné quelque chose ce recueil ?

Rien, comme toujours (rires). Quand on fait ce genre de propositions, on peut passer à autre chose sans qu’il n’en résulte rien.

 

Mais le PSG a-t-il vraiment usé de son influence concernant l’arbitrage vidéo ?

Je n’en sais rien, tout le monde essaye d’utiliser son influence sans se rendre compte des conséquences que cela pourrait avoir, notamment sur le rythme de jeu. J’ai regardé les vidéos de l’expulsion de Thiago Motta pour l’audience du 4 mai. Est-ce qu’il le touche Paul Baysse ? L’autre se jette par terre et fait le mort. Je pense qu’il ne le touche pas. Quand je vais devant la commission de discipline, je leur dis toujours « l’arbitre a pris sa décision ». Mais il a aussi le droit de se tromper et il s’est peut-être trompé. Essayez de voir avec le ralenti, vous n’arrivez même pas à voir.

 

À la fin du match, Thiago Motta a chambré Paul Baysse devant les caméras. Ça peut jouer en sa défaveur devant la commission ?

Non, ils n’en tiennent pas compte.

 

 

 

« Le coup d’épaule de Leonardo, un dossier compliqué »

À titre personnel, quel est votre club de coeur hormis le PSG ?

Le Stade de Reims. J’ai peine à vous dire ça mais c’est une question de génération. Monsieur Macron, pourquoi il aime l’OM, regardez sa date de naissance : il a 39 ans, il y a 24 ans Marseille était champion d’Europe.

 

Vous travaillez toujours avec Reims ?

Je connais très bien le président mais ils n’ont plus besoin de moi maintenant, ils sont en L2, ils n’ont plus les moyens de se payer un avocat (rires).

 

On croise souvent l’avocat du PSG au Parc des Princes ?

Je suis abonné, oui.

 

En présidentielle ?

Non. J’ai quatre abonnements pour ma famille et à coté il y a deux copains.

 

Avez-vous déjà fait l’objet de menaces à propos d’un dossier ?

Une fois, lorsque j’officiais comme arbitre au Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne (TAS): un avocat d’une des parties a dit qu’il allait porter plainte contre moi parce que je n’aurais pas été objectif en tant qu’arbitre. C’était il y a plus de 10 ans. Il n’a jamais porté plainte.

 

L’affaire la plus dure depuis que vous défendez le PSG ?

Deux affaires symptomatiques mais d’abord le dossier Leonardo, un dossier assez compliqué. La deuxième, c’est le coup de tête de Brandao sur Motta.

 

Concernant Leonardo, vous pensez que le traitement avait été équitable ou plus dur ?

Le PSG a eu un traitement normal je pense car n’importe quel dirigeant ayant eu ce comportement aurait été sanctionné mais la sanction était très sévère surtout en appel.

 

 

Le « pays de merde » et la blague de Carlo

Le fameux « pays de merde » de Zlatan a aussi dû vous marquer. 

Devant la commission, je leur ai rappelé le contexte puis les faits. Zlatan râle parce que le gardien de but adverse a pris le ballon avec la main alors qu’il n’en avait pas le droit. Puis, juste après, le PSG se fait rattraper au score par les Girondins et perd le match. A la fin de la rencontre, Zlatan se dirige vers les vestiaires, il s’arrête devant l’arbitre et demande à lui parler. L’arbitre lui dit non donc il continue son chemin vers les vestiaires. À ce moment-là, il dit « je n’ai jamais vu un arbitre aussi nul dans ce pays de merde ». Ce que j’ai plaidé, c’est très simple : quand Zlatan joue, il y a une caméra qui le suit partout, j’ai dit que si ça avait été Dupont ou Durand, vous n’auriez pas eu pas les images. Alors oui, il a dit « pays de merde », et ce n’est pas correct, mais à qui l’a-t-il dit ? Il a maugréé à lui-même et comme une caméra le suivait à cet instant, on a diffusé les images..!

 

C’était plus grave mais Leonardo s’est déplacé d’ailleurs, lui.  

En première instance oui mais après il était tellement déçu qu’il m’avait dit qu’il ne voulait plus venir. Dommage qu’il ne soit plus dans le foot français, il était très intelligent.

 

Le jour où vous avez souri lors d’une audience ? 

C’était quand on défendait Zlatan pour qu’il puisse jouer contre le Barça en Ligue des champions, après son rouge contre Valence en mars 2013. Avec Olivier Létang, on obtient une réduction d’un match donc il pouvait jouer contre son ancien club. On est dans la voiture qui nous ramène à l’aéroport de Genève et Olivier appelle Carlo (Ancelotti), qui avait beaucoup d’humour. Il lui dit « bonne nouvelle, il n’y a plus qu’un match pour Zlatan ». Et Carlo lui répond très sérieusement : « Trop tard, j’ai fait ma feuille de match ».

 

Avez-vous été consulté à propos de transferts liés à des fonds d’investissement ?

Non, je ne traite pas beaucoup les transferts.

 

On parle pourtant souvent de clauses folles, évoquées également dans l’affaire Football Leaks.  

Ils font attention aux requalifications et au poursuites, c’est très surveillé par le fisc et l’URSSAF.