Interrogez un passionné de foot et il vous citera probablement ce talk-show parmi ses émissions préférées. Devenue incontournable depuis quelques saisons, L’Équipe du soir a réalisé son record d’audience de la saison après un historique PSG-Barça (4-0), mardi 14 février, avec 460 000 téléspectateurs réunis devant leur poste entre 22h30 et 0h30. Et ça tombe bien, Causerie y était pour découvrir les coulisses de l’émission portée par Olivier Ménard et son club de chroniqueurs exaltés. Joyeuse Saint-Valentin. 

 

« Tu sais combien de matchs le Barça a terminé sans marquer cette saison ? Un seul… et la MSN n’était pas là ». Il est 18h30 quand nous débarquons dans les locaux de L’Équipe à Boulogne-Billancourt. Et comme Olivier Ménard, avec lequel on joue aux pronostics dans l’ascenseur, tout le monde espère mais personne ne croit vraiment au « Grand Soir » du PSG. La suite nous donnera tort. En attendant de le découvrir, direction le café L’Atelier pour échanger avec l’animateur et capitaine de l’émission depuis 2008. C’est à ce passionné de sport et ex-chroniqueur de… Michel Drucker dans Studio Gabriel (oui, oui) que l’on doit le talk-show sport le plus atypique du PAF. Réputée pour ses débats animés entre chroniqueurs mais aussi ses vannes et ses effets sonores, L’Équipe du soir doit rester selon lui un espace de  « bonne humeur ». « Les discussions se poursuivent même hors émission, explique Olivier Ménard, à la tête de cette petite famille de chroniqueurs. Mais quand il y a eu des clashs – et il y en a eu – je ne mets plus les mecs ensemble. L’idée c’est qu’on passe un bon moment et que le téléspectateur aussi ».

 

Le nom des concernés ? Impossible de le savoir. D’autant que dans le grand open space, au 4ème étage, on ne croise que des visages souriants et une grosse ambiance pour ce PSG-Barça. S’il y avait peu de doutes sur l’entente au sein du club, l’arrivée successive des chroniqueurs le confirme vite. Pendant qu’Eric Blanc, aussi grognon que marrant, prépare ses fiches maillot du Barça sur le dos, Nabil Djellit décroche quelques minutes de son portable. « Je suis à la recherche d’une belle histoire ce soir », dit celui que les twittos adorent chambrer pour son enthousiasme parfois trop prononcé sur les joueurs maghrébins. Une belle histoire ? Oui, mais d’amour, à en juger ce profil sur un site de rencontre que le chroniqueur déjà très en verve s’amuse à nous montrer, et ses anecdotes de rancards délivrées à pleine vitesse.

 

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Pendant ce temps-là, Raphael Sebaoun, qui commente le match pour La Grande Soirée avec Yoann Riou, ajuste son noeud papillon de gala et Johann Micoud fait une entrée particulièrement remarquée. Et en très bonne compagnie, 14 février oblige. Grosse ovation pour le « président » du soir qui regardera la rencontre sur un écran éloigné du joyeux brouhaha avec sa compagne.

 

La rédaction de la chaîne L'Equipe

La rédaction de la chaîne L’Equipe – Causerie

 

Des vannes, une rivière et des pizzas

19h43. La première partie de l’émission démarre dans deux minutes et Raymond Domenech vient de débarquer : « Les stars arrivent en dernier ! ». Bonne vanne. Antenne. Fiches sous le bras, les chroniqueurs s’installent sans ordre pré-établi et Nabil Djellit poursuit sur sa lancée : « J’ai mis une veste en espérant que le PSG n’en prenne pas une ! » Le ton est donné. Au menu de la « rivière » ? La compo parisienne ou la titularisation de Kimpembe, pour des débats déjà très animés. « Oui, le PSG peut faire quelque chose ! Le Barça n’est pas bien », est le seul à prédire un Raymond Domenech qui voit – pour une fois ? – bien plus clair que les autres. À notre tour de chambrer, mais il faut saluer l’auto-dérision de l’ex-sélectionneur des Bleus depuis son arrivée dans L’Équipe du soir. Car pour une personnalité éparpillée façon puzzle pendant des années par toute la France du foot et ses talk-shows, c’est plutôt remarquable. « Qu’est-ce qu’on lui avait mis à Raymond… Mais finalement, la beauté du sport nous unit », confie Olivier Ménard, content de l’une des dernières recrues.

 

C’est dans l’obscure régie que l’on se fera une place pour regarder la suite de l’émission. Ici, ça s’agite pas mal et l’on retrouve Matthieu Maes, chef d’édition aux commandes d’une petite équipe. Devant ses trois écrans, c’est l’homme qui murmure à l’oreille d’Olivier Ménard, gère (entre autres) les chroniqueurs qui ne tranchent pas, les fameux effets sonores sur un clavier, les tweets passés à l’antenne, et râle quand ça parle trop fort. « Annonce Kurzawa titulaire !», glisse-t-il à Olivier Ménard qui lui répond par un petit geste pendant l’antenne. Rodé, le duo bosse ensemble depuis des années et se connaît par coeur. Il est 19h52 quand Candice Rolland débarque avec une autre info et la seule bonne nouvelle de la soirée à Marseille : « Diarra a résilié son contrat avec l’OM ». C’est annoncé à l’antenne quelques secondes plus tard mais la régie a surtout les yeux sur les pizzas qui viennent d’arriver.

 

 

« Kimpembe, c’est ses fesses qui vont être rouges ! »

20h00. « On a un son de Patrick Bruel », « Restez droits ! », « Faut parler là ! », « Faut qu’il tranche Johan ! » Matthieu Maes continue d’alterner bruitages et directives avant que le « Super Duel » ne démarre. « Kimpembe il a les cheveux rouges mais c’est ses fesses qui vont être rouges là » Signée Éric Blanc alias « Rico Blanco de la Catalogne », la meilleure punchline de la soirée aurait mérité un meilleur sort. « Moi, je crois en Kimpembe», répond Raymond Domenech, qui avait décidément tout vu mardi soir.

 

 

Après une bise à l’élégant Messaoud Benterki, animateur de la Grande soirée, Yoann Riou, qui commente le match dans une petite cabine située à deux pas de la régie, débarque à 20h15 pour l’installation de son micro : « 365 jours qui se jouent en 1h30 ! ». Déjà très chaud, l’acolyte de Raphael Sebaoun ne sait pas encore qu’il va vivre l’une « de (ses) plus belles soirées de journaliste ». 20h34. « S’il y avait Thiago Silva, je me sentirais mieux mais bon, ils y arriveront quand même » Pas de bluff, Patrick Bruel a vraiment parlé. Pendant que « Mémé », le surnom d’Olivier Ménard, est invité à ne pas relancer Eric Blanc qui parle trop, Didier Roustan et Marc Libbra arrivent à leur tour pour se faire poser un micro. « Allez le Barça ! », provoque gentiment l’un des deux.

 

 

Des roses et Daniel Levi

Incroyable. Après 45 minutes et deux buts du PSG, ça bouillonne et les chroniqueurs de L’Équipe du soir repartent en studio pour un premier debrief. Exalté comme un gamin à Noël, Yoann Riou quitte sa cabine et regagne la rédaction en terminant sa 131ème bouteille de Vittel (33cl). « C’est la mi-temps la plus parfaite de l’histoire du PSG », s’enthousiasme-t-il, toujours dans le match, devant Messaoud Benterki et un Sammy Traoré qui se frotte les mains, tout sourire. « T’aurais pas fait ça à ton époque, hein ! », lance-t-il, chambreur, à l’ex-défenseur du PSG. À ce moment-là, il n’y a déjà plus de doutes : Unai Emery est meilleur que Guy Lacombe. De son côté, Candice Rolland a l’air un peu dépité par le Benfica-Dortmund (0-0 à ce moment là) qu’elle commente et qui passe forcément au second plan ce soir. On compatit.

 

22h00. Si certains chroniqueurs y croyaient encore à la mi-temps dans L’Équipe du soir, le Barça n’y arrive toujours pas après la reprise. Entre des salves d’applaudissements et des « incroyable » en série, on entend depuis les couloirs la voix de Yoann Riou qui chante… L’envie d’aimer de Daniel Levi (Les Dix commandements), bouquet de roses à la main. « Je l’écoutais à la radio cet après-midi en fait, nous explique-t-il à la fin du match, assis à son bureau, entre deux coups d’oeil sur Twitter et son téléphone. J’adore cette chanson en plus. Puis la Saint-Valentin, ça correspond parfaitement au match. J’étais totalement obsédé par la rencontre ». Comment ne pas avoir envie d’aimer le foot devant Yoann Riou ?

 

 

« Tu connais quand même le score ?»

À 22h23, l’exploit est là. Le Grand soir est en train de se produire et il est encore plus beau que prévu. « Marc Libbra, faut se le faire ! », rigole-t-on en régie. Il ne fait pas bon aimer l’OM ou le Barça à cette heure-là. Le PSG tue le match avec un quatrième but et Olivier Ménard, installé devant son ordinateur et les deux écrans géants diffusant les rencontres de la soirée, décide des thèmes du soir aux côtés de Matthieu Maes. « Est-ce le plus grand match de l’histoire du PSG ? », « Que va devenir Luis Enrique ? », « Le Paris d’Emery est-il né ce soir ?». Chez ses jeunes coéquipiers, on guette les Unes de la presse catalane à diffuser pendant l’émission. « J’ai été les voir, il faudrait qu’ils soient dans l’émotion d’abord », glisse un membre de l’équipe. D’accord mais Olivier Ménard tient aussi à attaquer L’Équipe du soir par une bonne samba. C’est validé.

 

De l’autre côté de l’open space, Candice Rolland semble toujours un peu déçue par Benfica-Dortmund (1-0). « Tu connais quand même le score ? », est-elle gentiment chambrée alors qu’elle discute avec Messaoud Benterki et Yoann Riou qui tentent de s’en remettre. Visiblement lessivé, Raphael Sebaoun a l’impression d’avoir « la gueule de bois » quand Didier Roustan, un peu isolé, quitte son ordinateur quelques instants pour un selfie mémorable avec Yoann Riou.

 

 

 

Nabil Comedy Club

22h38. Comme promis, c’est par une samba digne des grandes heures d’Arthur que L’Équipe du soir débute. Supporter du Barça, Eric Blanc se la joue fair-play tout comme Gregory Schneider, chambré pour son scepticisme au moment de l’arrivée de Draxler. Depuis la zone mixte du Parc, les réactions d’après-match débarquent les unes après les autres et la régie serre les dents. Matthieu Maes retarde la diffusion des déclarations de Patrick Kluivert qui ne « parle pas bien français » tandis que les mains chargées du synthé se font taper sur les doigts : « Fais gaffe, t’as écrit Parc DU princes ! ». L’euphorie, sûrement. En régie, il faut calmer un peu Eric Blanc après un tacle trop appuyé sur Nabil Djellit.

 

 

23h26. Publicité. Johan Micoud revient vers la rédaction, à quelques mètres du studio, pour s’assurer que sa compagne passe une bonne Saint-Valentin. « C’est long ? Allez, après on va boire un verre ! ». San Miguel > Saint-Valentin. Pendant ce temps-là, le festival Nabil Djellit se poursuit en régie. « Vous avez pas une vanne sur Draxler ? Avec dragster ? Non déjà faite… Alors… Le loup de Wolfsburg est sorti de sa bergerie ? Non… Sinon, un truc sur le Pacte des loups, avec Samuel Le Bihan ». Il est tard. L’inspiration se fait aussi rare qu’un dribble de Neymar au Parc. « Put*** Nab, il va y avoir un papier sur nous, tu gâches tout », lâche Matthieu Maes qui a moyennement envie envie de l’aider à trouver une vanne.

 

Il est 0h26 quand l’émission se termine et certains se frottent encore les yeux. Olivier Ménard a le sourire de celui qui a passé « un moment très agréable ».  « C’était facile de trouver les thèmes, on était sur une douce euphorie. Plus les clubs français vont loin, mieux c’est », résume-t-il. Grégory Schneider enfile son long manteau noir qui ne suffit pas à le protéger des vannes sur Draxler. Didier Roustan tape toujours sur son ordinateur tandis que le Nabil Comedy Club enchaîne encore les vannes à ne « pas mettre dans le papier ». La suite, c’est retour à L’Atelier, où une bonne partie de l’équipe refait le débat. Autour d’un verre, Johan Micoud liste les meilleurs défenseurs centraux que Thiago Silva tandis qu’Eric Blanc, assis au fond d’un fauteuil, a enlevé son maillot du Barça.

 

Yoann Riou, Raphaël Sebaoun et leur cabine ont passé une bonne Saint-Valentin

Yoann Riou, Raphael Sebaoun et leur cabine ont passé une bonne Saint-Valentin – Causerie

 

C.B. et N.G.