Souvent jugé favorable à l’indépendance de la Catalogne et présenté comme tel par certains médias, Gerard Piqué ne s’est en fait jamais prononcé publiquement sur le sujet.

 

Edito. Lundi, il est 23h passé quand sur une grande radio française, le spécialiste du championnat espagnol vient donner son fameux « avis tranché ». Le thème ? Il n’est pas centré sur le sport mais sur la politique et Gerard Piqué, insulté par des « supporters » de la Roja pour avoir soutenu un référendum brûlant en Catalogne ce week-end. « Avis », le mot est bien choisi puisqu’il ne s’agit ici pas (ou peu) d’information ; bien au contraire. Le consultant en question, farouchement opposé au référendum d’autodétermination, va en effet se lancer dans une longue diatribe anti-Piqué d’une rigueur journalistique qu’on qualifiera gentiment de faible pour expliquer que le défenseur blaugrana doit quitter la sélection.

 

Si l’on met de côté le casier du consultant en question, déjà chargé en matière de désinformation et de réécriture de l’histoire espagnole – sans parler de ces récents tweets justifiant des violences policières ou traitant les indépendantistes de « nazillons » – ces déclarations crachées hier soir, avec la complicité d’un autre consultant-vedette visiblement largué sur le sujet, posent un sérieux problème car elles sont factuellement incorrectes. Et elles symbolisent un amalgame que l’on retrouve dans d’autres grands médias, où l’on peut lire cette affirmation fausse : « Gerard Piqué soutient l’indépendance de la Catalogne ». Extraits de cet « avis » symptomatique :

Le fils de Neymar, Davi Lucca, va aussi jouer pour le Barça

 

 

« Gerard Piqué a insulté le chef du gouvernement »

On aurait bien aimé entendre cette « insulte » car voilà ce qu’a vraiment dit Gerard Piqué dimanche, après le match Barça-Las Palmas joué à huis clos : « Nous avons un chef du gouvernement qui a le niveau qu’il a et qui fait le tour du monde sans savoir parler anglais ».

 

 

« Il se présente comme quelqu’un qui n’est plus Espagnol (…) il ne peut plus porter le maillot d’un pays qu’il déteste »

Voilà le tweet en question dont parle le consultant : « À partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche, nous nous exprimerons pacifiquement. Ne leur donnons aucune excuse. C’est ce qu’ils veulent. Et chantons haut et fort. Nous voterons ». Pour le spécialiste de la Liga, ce « leur » signifie qu’il veut se séparer de ce pays, des « Espagnols ». Sauf qu’il peut aussi bien vouloir définir les opposants au référendum. Mais on n’a étrangement pas entendu cette hypothèse sur cette radio.

 

 

« Il est séparatiste (…) L’Espagne est une nation dont il veut se séparer »

C’est sûrement l’une des déclarations les plus problématiques puisqu’elle est – au mieux – le symbole d’un préjugé ou d’une confusion qui a la vie dure ces derniers jours. Car c’est un fait incontestable : si Gerard Piqué s’est évidemment toujours montré très attaché à la Catalogne, il ne s’est jamais prononcé en faveur d’une indépendance mais pour la tenue d’un référendum sur la question et donc le droit de voter. Une nuance qui a évidemment son importance ; encore faut-il vouloir l’entendre ?

 

 

Quand Gerard Piqué voit l’indépendance comme un handicap

D’autant que les preuves sont loin de manquer. Ce que l’«expert » du championnat espagnol a oublié – volontairement ou pas – de mentionner dans son « avis tranché », c’est que le défenseur catalan s’est même montré plutôt opposé à une scission dans le passé. Il aurait en effet pu citer ce genre de déclarations :

 

« Je ne me suis jamais mouillé sur la question (de l’indépendance) et regardez comment ça s’est enflammé » (TV3, septembre 2016)

 

« Je ne demande pas l’indépendance, mais qu’on puisse voter » (El Pais, octobre 2014)

 

« La scission handicaperait l’Espagne et la Catalogne » (RAC1, novembre 2012)

 

Avis tranché ou infos tronquées ? On vous laissera le droit de décider.

 

Gerard Piqué nie demander l'indépendance de la Catalogne dans El Pais en 2014

Gerard Piqué nie demander l’indépendance de la Catalogne dans El Pais en 2014