« Il va venir lui faire l’amour sans préliminaire », « Pas besoin de mettre de fleurs dans la maison », « Shakira met un peu de fantasy »… Comment passer à côté d’Omar da Fonseca et de ses envolées lyriques depuis quelques années ? Devenu une figure de beIN Sports et du PAF, le plus français des argentins nous a donné sa vision du métier de consultant et parlé de son parcours, de Velez Starsfield au petit écran en passant même par quelques dîners avec François Hollande et Julie Gayet. Entretien pour ceux qui veulent se lever et crier Messi.

 

 

Bonjour Omar ! Comment vous vous sentez pour cette sixième rentrée à beIN Sports ? Toujours autant d’envie ?

Absolument. Ce soir déjà (jeudi 31 août, jour d’Uruguay-Argentine qui se finira par un sombre 0-0, ndlr), ça va être génial, il faut prévoir un pyjama large, si jamais Messi fait ses trucs…

Rentrée sur beIN, chanson française et Julie Gayet : Entretien avec la légende Omar da Fonseca

 

Comment ça se passe la préparation d’un match ?

En amont, je lis des bouquins avec un peu de philosophie, ça me permet de me sentir plus léger. À un moment donné, sinon, je m’ennuie. Vous imaginez combien d’heures on fait ? Il y a des semaines où je fais trois ou quatre matchs, à un moment donné… Dire « beau plat du pied », c’est déjà c’est archi chiant pour moi alors j’imagine pour vous… Donc je préfère dire « c’est le fer à repasser » ou « il va à la pédicure ».

 

Les envolées lyriques sont préparées ou c’est de l’impro à 100% ?

Un peu, un peu, je prépare bien sûr. Des chansons aussi.

 

Vous avez prévu quoi pour ce soir, du Patrick Bruel ? Vous avez fait un selfie avec lui cet aprem.

Ah mais c’est lui qui est venu ! (rires) Ses fils sont fans de moi. Après j’ai un répertoire assez large, moi ! Je peux faire Lara Fabian aussi… Mais peut-être Bruel oui, ou Goldman tiens… Si jamais ça se passe mal, j’ai « À nos actes manqués hé-hé-hé-héééééé ». Un jour j’ai chanté « On a tous quelque chose en nous de Messi » au Mondial aussi, mais c’était pas prévu.

 

 

Vous suivez un peu les réseaux sociaux ou pas du tout ?

Non pas du tout, c’est ma fille qui gère tout ça parce que moi j’y connais rien. C’est elle qui m’a dit qu’il y avait les deux enfants de Patrick Bruel qui demandaient toujours à me voir.

 

 

Les dîners avec François Hollande à l’Elysée

Parlez nous un peu de Giga Liga, le nouveau rendez-vous de beIN consacré au championnat espagnol.

Quand on m’a proposé ça, j’ai dit ok mais je ne voulais pas faire des simples résumés de matchs, je ne vois pas l’intérêt. Maintenant tu appuies sur un bouton et tu as tous les buts. Il faut de l’humeur, un ton. Donc on va essayer de mettre un peu des fleurs, à travers des phrases à moi et Le dico d’Omar. On fait toujours Omar charrie aussi sur le web, je fais beaucoup de score il paraît mais j’en sais rien moi (rires). Il faut de l’information mais light. Moi je veux dire qu’il a « sorti les ailes », qu’il a « le fessier développé ». Je veux parler différemment et expliquer pourquoi il n’a pas utilisé l’extérieur parce qu’il a été chez la pédicure (rires). Et toutes les semaines, je vais sélectionner un joueur qui est moins connu et le mettre en lumière.

 

Avec vos chansons et vos expressions, vous dépassez le cadre du foot. Quelle rencontre vous a marqué en dehors du ballon ?

François Hollande par exemple. Il m’aime beaucoup alors un jour il m’a invité à faire partie de la délégation pour aller en Argentine et en Uruguay, on avait sympathisé parce qu’il écoutait tous les matchs, il adore vraiment le foot, il connaît des joueurs, espagnols et tout. C’est là qu’on a sympathisé et après j’ai été à l’Elysée une ou deux fois. Un soir, un vendredi, il m’a fait venir pour un super dîner, pas un truc officiel hein. Il m’a dit « viens Omar on fait une soirée » et j’ai même rencontré sa femme, enfin sa femme… Julie Gayet ! Je ne savais pas qu’il était avec elle.

 

François Hollande à la Bombonera de Boca Juniors en février 2016

François Hollande à la mythique Bombonera de Boca Juniors en février 2016

 

Comment ça s’est passé ?

Très bien mais normalement, il y a un peintre argentin, un artiste colombien… alors dans le plan de table, moi je suis dans un coin. Sauf que là, à table, d’un coup il me dit « Omar, Omar, viens ! viens ici ! ». Et il y avait une blonde très sympa à côté de lui et là elle commence à me parler espagnol avec le vrai accent argentin et tout donc là je me dis « merde… qu’est-ce que c’est ça, je connais rien au cinéma et en plus elle parle espagnol comme ça, elle connaît mieux l’Argentine que moi et tout… comment c’est possible ? » Et en fait, son ancien mari est Argentin (Santiago Amigorena, ndlr), c’est un producteur très connu je crois.

 

Elle vous connaissait ?

Oui ! À cause de ses enfants, elle m’a dit « Omar, tu me casses les oreilles le samedi, parfois je suis obligé de t’écouter y’a plein de rediffusions en plus… » (rires). Parce qu’elle a deux ados, 18 et 19 ans je crois, fous de foot argentin. Elle continue de travailler là-bas apparemment, pour des courts métrages. J’ai appelé des amis en Argentine du coup pour savoir qui était son mari, ils m’ont dit « attend mais il est hyper connu bien sûr ». Moi si tu me parles pas de Messi… (rires)

 

Vous avez gardé contact avec François Hollande ?

Oui bien sûr. Je l’ai croisé au Parc lors du match contre Saint-Etienne. On a vraiment sympathisé, on a chanté ensemble aussi, vous savez ! Du Francis Lalanne (Il se met à chanter Pense à moi comme je t’aime très très fort, ndlr). Dans ces voyages-là, diplomatiques, j’ai découvert un milieu extraordinaire. On faisait un paquet de représentations etc mais le soir… on allait dans de beaux restaurants, de beaux endroits festifs… Et là, c’était agréable, il oublie le costume de président. On a eu un bon feeling. Il est très marrant. Il a été extraordinaire contre Saint-Etienne, il est venu me voir à la mi-temps et il m’a dit « bon je te dis bonjour comme ça mais après le match on se retrouve ». Parce que normalement il me serre pas la main, il me fait la bise ! Son fils Thomas m’a dit qu’il parlait souvent de moi. C’est vrai qu’on a passé de grands moments. Bon après je chante mieux que lui quand même (rires).

 

Professionnellement, la jolie rencontre aussi c’est Benjamin Da Silva.

Oui, il était pigiste à Canal+ à l’époque. Mais novice quoi, on le calculait pas, il avait pas cette petite coiffure-là (rires). Maintenant il est amoureux, il a une copine, mais moi je l’ai connu il était tout le temps célibataire et à un moment donné je m’inquiétais parce qu’il avait quand même autour de 30 ans… (rires). On voyageait et tout et rien…

 

Vous arrivez à décrocher du foot en dehors du boulot ?

Oui, moi j’ai été marié, j’ai presque 60 ans, je suis grand-père. Il me reste 13 ans de vie et faut que je profite. Je suis séparé depuis pas mal d’années, j’ai deux enfants, ma fille a des enfants, j’aime le football et ce que je fais. Donc je vis égoïstement. J’ai une Smart, comme ça j’emmène personne. Là on va à Barcelone bientôt (le 9 septembre pour Barça-Espanyol, ndlr), je vais voir mes amis. Moi je pars la veille du match pour aller un peu sur la plage, faire les « Chiringuito ». Là on passe des grands moments. L’Espagne je connais bien. Et après je rentre le dimanche jusqu’à l’après-midi, eux ils partent le matin.

 

 

 

Benjamin Da Silva et la « béquille d’un crocodile »

Ça a tout de suite fonctionné entre Benjamin Da Silva et vous ? Vous être sûrement le duo de commentateurs le plus apprécié aujourd’hui.

Ça va mieux maintenant qu’il a une copine (rires). On était arrivés à beIN, je commençais à faire les matchs avec Alexandre Ruiz, mais ensuite ils voulaient faire des duos fixes. On m’a proposé l’idée et j’ai dit « peu importe celui que tu mets avec moi, parce que le problème ce sera pour lui, pas pour moi ». Disons qu’au début, il y a eu quelques ajustements, parce que moi je suis vieux et lui c’est la jeunesse et parfois la jeunesse néglige un peu le côté respect.

 

Ça s’est manifesté comment ?

Je vais te raconter une histoire : un jour, on loue une voiture avec un mec de la production. Et il se met devant sur le siège passager, il se recule et là j’ai mon genou dans la carotide !! Je l’ai chopé et je lui ai dit « Eh tu peux me dire pardon » (rires). On a eu deux, trois accroches mais rien de méchant, maintenant tout va très bien. Surtout qu’il a été très fort pour saisir le truc, il s’est très bien adapté.

 

Vous vous engueulez plus comme un couple, c’est terminé ?

Parfois je le taquine quand même, je connais quelques trucs sur sa vie privée. Je lui dis « eh petit, tu vois pas, il va falloir que tu dormes un peu plus » (rires).

 

Quel est votre commentateur modèle ?

Un argentin qui s’appelait José Maria Munoz (mort en 1992, ndlr). Moi je viens d’une culture où le foot est festif et ça reste qu’un jeu. Ca reste une manière d’être léger. C’est des malades mentaux les commentateurs argentins, ils me font beaucoup rire. Le mec fait une passe et là il dit « elle est courte, elle est courte comme une béquille de crocodile » (rires)

 

 

Vos premiers souvenirs de foot ?

Tous les dimanches, on allait tout le temps à la même heure, avec des raviolis à table, toute la famille, on prenait les mêmes places, à la même heure, avec les mêmes gens à côté. Mais quand tu joues à l’extérieur, déjà à l’époque, c’était déjà violent et mon grand-père, il n’y allait jamais. Donc il mettait la radio au milieu de la table et nous autour on regardait la radio. C’est pour ça que je dis qu’on l’écoutait pas la radio, on la regardait. On buvait le maté. Et le mec qui commentait c’était un phénomène.

 

Vous avez importé ce style fleuri à la télé en France désormais. La radio ça ne vous tente pas ici ?

J’ai envie de découvrir et de faire plein de choses oui mais je n’ai pas eu de proposition encore pour la radio. J’ai eu des propositions d’autres chaînes, déjà, en télé, mais pas en radio.

 

Vous vous voyiez faire ça encore combien de temps ?

Moi j’ai 58 ans, et on marche beaucoup dans les stades (rires). A l’Atlético, j’arrive tout en haut, je suis mort. Il y a souvent des périmètres de sécurité et faut se taper 3km de marche. Des fois je me dis « merde » !

 

Vous ferez de plus en plus de plateau alors ?

Non, j’ai déjà la possibilité de faire du talk et d’ailleurs j’ai des problèmes avec mon chef (rires). Il veut me mettre en plateau mais moi j’aime moins. J’essaye de dire non parfois… Moi, il me faut le match !

 

 

Francis Lalanne, U2 et l’Argentine

Vous êtes arrivé en 1982 en France, à 21 ans. L’Argentine ça vous manque ?

Non, beaucoup moins qu’avant. Surtout parce que ma mère est décédée il n’y a pas longtemps. J’ai 11 frères et sœurs. Et 24 cousins ! Il y en a que trois qui ont quitté la région. Les autres, ils sont tous dans le village, en plein dan la pampa. Il n’y a que des vaches et des moutons, c’est une catastrophe ! (rires) Pas un relief, un désastre dépressif, tout plat.

 

Au moins il fait plus beau qu’à Paris.

Ah la météo en France, je pleure à chaque fois !

 

Pourquoi un transfert en France et pas dans un pays hispanophone comme l’Espagne ?

Avant de venir en France, j’ai eu des touches avec des clubs espagnols mais que des clubs de « merde » comme Castejon (rires). Moi je jouais à Velez Sarsfield et Carlos Bianchi et Oswaldo Piazza ils sont revenus de la France au moment où je commençais à jouer. Moi j’allais partir en Colombie, au Deportivo Cali, ils m’ont proposé beaucoup d’argent. Mais Oswaldo et Carlos me disaient « non non, qu’est-ce que tu vas faire là ?! ». Mon papa, à l’époque, il m’a dit « petit, dans la vie, il y a d’abord les amis et ensuite il y a l’intégrité et la dignité. Et tu seras mieux en Europe, t’occupes pas de l’argent ». Et je suis venu en Europe, où j’ai gagné beaucoup moins mais je ne l’ai jamais regretté.

 

Omar Da Fonseca à Tours

Omar Da Fonseca à Tours (Crédit : Old School Panini)

 

Votre première ville en France ?

Je suis d’abord arrivé à Nice. Mais il y a eu des histoires de papiers et ils m’ont donné à Tours. À cette époque, il y avait Jean Royer, il était ministre et maire de Tours. Moi, je ne parlais pas un mot de français. Et le jour de la présentation des joueurs, il savait que j’étais Argentin et il a dit au traducteur : « Vous lui direz que je l’ai déjà inscrit à la bibliothèque. Il faut qu’il aille à la bibliothèque ». Puta madre, je me suis dit, soit il a pensé que j’étais un mec très con soit il s’est dit ce mec-là, il peut faire quelque chose avec la langue française. Je suis allé tout de suite à la bibliothèque. Il m’avait aussi dit « essaye de prendre des textes de chansons ».

 

Sur le terrain, ça aide vraiment tant que ça de parler la même langue ou c’est une légende ?

J’avais un joueur avec moi qui s’appelait Delio Onnis et il m’aidait beaucoup. C’est très important la langue. C’est toujours pareil, pour jouer bien ou faire quoi que ce soit dans la vie, il faut se sentir à l’aise, apaisé, avoir une haute estime de soi, c’est important dans toutes les activités.

 

 

Pour en revenir à aujourd’hui, le mercato il a été agité ou calme de votre côté ? Pas de tentations de faire une Neymar ?

Plutôt calme ça va (rires). Puis où je vais aller ? À Canal ? J’ai déjà été. L’Espagne c’est bien aussi, mais je ne suis pas connu du tout là-bas. Il faut pas s’en cacher non plus, avec mon accent, c’est compliqué. Je fais des phrases qui ne sont pas françaises ! Quand j’invente des mots comme titularité, je sais qu’on le dit pas. Il y a plein de petites choses comme ça qui m’appartiennent et qui jouent pour beaucoup.

 

Vous avez déjà trouvé votre punchline quand Messi marquera le but de la victoire en finale du Mondial ?

J’y pense… je suis toujours en recherche ! J’écoute beaucoup de chansons.

 

C’est quoi votre style de musique, d’ailleurs ?

Il faut que ce soit plutôt des chansons à texte, des chansons françaises. Nostalgie quoi.

 

Donc quand vous chantez du Lara Fabian, c’est vraiment au premier degré ?

Mais bien sûr que j’aime ! (rires) Le répertoire de Goldman, de Cabrel, des vieux parce que je suis vieux, même de Johnny et de Francis Lalanne, c’est mon ami.

 

Comment vous l’avez rencontré ?

Un jour un ami de Tours me dit « Viens on va voir un spectacle, un chanteur ». J’arrive et le gars il a des bottes et tout ! Ensuite, il y a un mec du club qui me dit « viens on va dire bonjour au chanteur parce qu’il aime le foot. » Moi, je ne parlais pas un mot français. Il commence à me parler en espagnol ! Parce que Francis Lalanne il est Uruguayen, sa mère est uruguayenne et il y a vécu. Dès le début, il m’a parlé en espagnol, mais le vrai espagnol. J’étais là mais d’où tu sors ? Il m’a expliqué. On a noué une relation, je suis allé le voir je ne sais pas combien de fois. Je continue. Je l’ai même fait venir deux fois dans l’émission. Une fois, on a chanté avec Darren (Tulett) et une autre fois avec Vanessa (Le Moigne). (Omar se remet à chanter, ndlr)

 

Benjamin Da Silva, il aime bien aussi les chanteurs de variété à l’ancienne ?

Pffff le problème c’est que je suis avec des jeunes, avec une culture musicale limitée ! (rires) Des fois je sors des trucs et ils ne connaissent pas. Benjamin, il écoute U2. Une catastrophe ce qu’il aime. Qu’est ce que je vais pouvoir chanter ce soir moi ? (Ce sera finalement N’importe quoi de Florent Pagny, ndlr).

 

 

Quelqu’un vous a déjà demandé de chanter moins fort en tribune de presse ?

Je pense qu’ils le pensent tous très fort mais ils n’osent pas (rires).