En général, écouter Jorge Valdano parler de foot est déjà l’un des grands plaisirs que l’Argentine ait pu nous offrir. Mais quand l’ex-figure du Real invite Guardiola dans son émission Universo Valdano, pour une longue conversation, c’est forcément quelque chose d’immanquable qu’on vous résume avec quelques paroles du maître catalan. 

 

 

Pourquoi il accepte désormais les interviews en tête-à-tête avec les journalistes

Quand Bielsa avait dit ça (ne pas faire ces interviews, ndlr), j’avais adoré. Cela m’a donné plus de temps pour me situer au début. En arrivant au Barça B, je ne voulais pas être l’ex-joueur qui accordait plein d’interview sur les terrains de 3e division. J’avais d’abord besoin de savoir si j’allais aimer ce travail. Ensuite, cela m’a plu et j’ai donc continué. Mais maintenant, je dois me vendre mieux et je dois faire des interviews (rires). J’ai toujours pensé que les entraîneurs parlaient au travers de leurs équipes, avec la façon de jouer. Cela raconte ce que l’équipe fait. Et en plus, on parle déjà trois fois par semaine, donc on se lasse, on n’a plus de message à envoyer. Je l’ai vu comme une protection mais maintenant, je me dis que je peux le faire pour les journalistes qui me font bonne impression (rires).

 

Pour ses débuts avec Man City, Philippe Sandler a rendu hommage à Nouri en portant le numéro 34

 

Comment il a aimé le foot

Ce n’était sûrement pas génétique déjà. Mes grands-parents et parents aimaient le ballon mais bon, je crois que c’est plutôt de venir d’un village (Santpedor, ndlr) qui a aidé. Il n’y avait rien d’autre à faire qu’être dans la rue et de jouer au foot donc j’ai commencé. J’ai grandi très tard. À la Masia, j’étais très maigre, sans aucune condition physique. Donc j’ai été obligé de “survivre” en essayant d’être un poil plus rapide avec ma tête.” 

 

 

L’école Cruyff

On ne peut pas comprendre ma vie professionnelle sans lui (…) Rien qu’avec sa présence, tu le voyais avec ses Ray-Ban et tu te ch**** dessus (rires). Il dégageait une vraie force. J’ai toujours pensé qu’ils ne croyaient peut-être pas à certaines de ses théories. Mais il arrivait à te convaincre. Il n’avait pas de méthode de préparation pour les entraînements, il avait surtout une méthode de jeu claire. Avec la défense à 3, on le prenait pour un fou. Et de ça, j’ai appris qu’il n’y a pas de plan B, qu’il faut améliorer le plan A et consolider ses convictions (…) Je suis tombé amoureux de son jeu (…) Il a été pionnier en achetant très cher Ronald Koeman, un défenseur, à l’heure où l’on ne payait que pour des attaquants.” 

 

 

L’ADN Barça

Je ne suis pas du tout d’accord pour dire qu’il y a des joueurs qui ne peuvent pas jouer au Barça. En revanche, ce qui est possible, c’est qu’il y a des joueurs qui doivent se déplacer dans plus de petits espaces que dans des grands.”

 

 

Le retour au Barça

J’espère finir où j’ai commencé et pouvoir vivre ma fin de carrière à Barcelone, avec les jeunes. Pour commencer, j’ai toujours dit que c’était le mieux. La presse n’est pas là, tu as des longues semaines pour travailler, du temps pour analyser ce que tu as fait de bien ou mal. Et se mettre face à des adultes ou des jeunes, c’est finalement la même chose. Si je n’avais pas entraîné le Barça B, cela n’aurait pas été la même chose pour Busquets par exemple. Après deux ou trois jours d’entraînement, je me rappelle que Messi m’avait dit : “Il me plaît bien lui”. Et je lui ai répondu que quand on aurait des problèmes, il serait là, parce qu’il était comme son père (Carles, ex-gardien du Barça de Cruyff, ndlr). Il joue pour les autres.”

 

 

 

L’antithèse Simeone

Quand il était en Argentine, Simeone est venu nous voir s’entraîner. On a discuté et il m’a dit : “Moi, ça ça ne me plaît pas, je ne le sens pas.” Et j’ai adoré. C’est ça qui est important. Avec El Cholo, ses équipes jouent comme elles veulent. Et c’est bien, comme pour mes équipes qui jouent comme je veux.”

 

 

 

Son image

Il y a des gens qui m’aiment beaucoup, d’autres qui me détestent. Peut-être que ma façon de m’exprimer sur le banc ou en interview ne plaît pas. Peut-être que c’est parce que je prends position, je ne sais pas… Cela génère des débats. Mais je l’ai accepté. Je ne fais pas des choses pour défendre mon style. Je suis beaucoup plus tranquille aujourd’hui. C’est la peur de la défaite, de décevoir les miens, que les choses ne se passent comme prévu, c’est ça qui me donne de l’énergie.”

 

 

La Bundesliga

C’est un championnat très bien organisé, des stades extraordinaires et tous pleins… En Allemagne, les gens vont au théâtre et au cinéma la semaine, tout ne tourne pas qu’autour du foot. Ça ressemble à l’Angleterre pour ça. Les gens peuvent porter un maillot du Bayern et de Dortmund et s’assoir à côté.”

 

Le jeu du Bayern

Je me souviens du premier match contre le Borussia Mönchengladbach de Favre. À chaque perte de balle, ils nous prenaient en contre et avaient une occasion. On a gagné 3-1 mais on aurait dû perdre 1-4 ou 1-5. Cela a pris du temps pour s’organiser à la perte de balle. À Barcelone, on s’en souciait moins parce qu’on avait des joueurs, même en les assassinant, on ne leur prenait pas la balle (…) En Allemagne, avec Kroos, Lahm, c’est venu après mais on n’avait pas autant de sécurité en raison de la qualité des joueurs. En Allemagne, j’ai commencé à comprendre les centres aussi. Au Barça, on ne le faisait jamais. Tu t’adaptes aux qualités de tes joueurs (…) La tactique, c’est les joueurs. Quels joueurs tu as ? Tu as Romario ou Mandzukic ? Lahm ou Kyle Walker ? Lahm on l’a repositionné parce qu’on a découvert qu’il avait tout pour être milieu.”

 

 

 

L’adaptation à Man City

Parfois, tu as besoin de plus de temps (…) La saison dernière, on a bien commencé, cela nous a donné beaucoup de tranquillité. Beaucoup de choses se sont produites grâce à la saison d’avant. La première année au Bayern, on a très très mal joué. Et pourtant, on a fait un championnat-record. Parce qu’avec le triplé de Jupp (Heynckes), le poids de l’équipe, ça a marché.”

 

 

La Premier League

Ils pensent que si tu as le même maillot, alors tu es l’un des leurs. Combien de joueurs on été applaudis en faisant un tour d’honneur après avoir perdu 0-5 ? Imagine ça en Argentine ou en Espagne (rires). C’est une autre culture. C’est exemplaire (…) Et le championnat, ils le vendent très bien, avec les retransmissions de Sky notamment. D’ailleurs, je ne sais pas si les horaires ou quoi mais en ayant ces deux bêtes que sont Messi et Ronaldo, le Barça et Madrid, la sélection… La Liga n’a pas la même image. Monsieur Tebas, à qui je passe le bonjour (rires), a désormais plus d’ambition mais bon… Ici, on paraît tous meilleurs (rires).”

 

 

De Bruyne

Il est très très bon, oui. Très dynamique. C’est le joueur préféré de Marcelo Bielsa. Il sait tout faire. Et je pense toujours qu’il peut encore progresser. L’autre jour, j’ai rencontré ses parents et j’ai mieux compris beaucoup de choses, comme c’est souvent le cas quand on voit les parents des joueurs. C’est un garçon extraordinaire.”

 

 

La presse anglaise

Bien, ça va. Après avoir connu Barcelone… tout est mieux. En Espagne, pffff… La critique existe partout mais la cruauté qu’il y a là-bas n’est nulle part ailleurs (…) En Espagne, on cherche à te faire mal et on sait comment le faire.” 

 

 

Futur sélectionneur

J’aimerais entraîner une sélection si j’en ai l’opportunité. Je dois essayer, ça m’a toujours intéressé. Quand je jouais au Barça, j’ai voulu partir pour un autre pays à 28 ans, et finalement je l’ai fait à 30 ans. Il faut pouvoir être dans un autre endroit pour voir autre chose, sinon tout est pareil. Pas tant sur le fonctionnement du football ou du sport, mais il faut essayer d’autre langues, voir et comparer avec ce qu’on a déjà fait. C’est une bonne chose.”