Pour la finale de la Ligue des champions asiatique samedi, un millier d’Iraniennes ont été admises au stade, où leur présence est habituellement interdite. 

 

L’Europe et l’Amérique du Sud n’ont donc pas été les seules à vivre des grosses affiches ce week-end. Pendant que l’Angleterre ou l’Argentine vivaient des derbys exceptionnels, Téhéran accueillait de son côté la finale retour de la Ligue des champions asiatique, entre le FC Persépolis et les Kashima Antlers (0-0). Un match spécial sur la pelouse mais surtout dans les tribunes, puisque 1.000 femmes ont pu y assister. “Les femmes ont remporté le match de la Liberté”, s’est réjoui en une le journal réformateur Etemad, cité par l’AFP, tout comme Sazandegi où l’on parle d’une “victoire”, malgré un trophée ayant échappé au FC Persépolis, défait 2-0 sur l’ensemble des deux matchs.

 

 

Une victoire symbolique que l’on doit aux autorités et à la Confédération asiatique de football (AFC), qui a fait pression pour que les femmes soient admises pour ce match. Avant la finale, le vice-président du pays Eshaq Jahanguiri a aussi appelé l’AFC à empêcher “la contamination du football par la politique”.  “Quand les femmes sont arrivées, tous les hommes se sont levés pour les applaudir, a raconté la journaliste Hedieh Khatibi. C’était très émouvant, 80.000 hommes iraniens étaient debout par respect et soutien à l’égard des femmes iraniennes”. 

 

 

Présentes dans une tribune spécialement réservée au stade Azadi (Libérté en persan), ces 1.000 femmes avaient toutefois été “triées sur le volet” et choisies par les familles des joueurs ou parmi des joueuses de foot. Ce qui a aussi provoqué quelques critiques. “J’ai été invitée, mais je n’y suis pas allée parce que c’est insultant, a réagi Sahar Tolouï, journaliste au quotidien réformateur Shargh. Me mettre sur une liste comme si c’était une bénédiction alors que c’est mon droit et celui de toutes les femmes de pouvoir se rendre dans un stade (…), c’est inacceptable”, a-t-elle déclaré à l’AFP, rappelant que les portes des stades restent fermées pour la plupart des Iraniennes. De son côté, la députée Parvaneh Salahshouri a estimé que la présence de femmes samedi était de “bon augure” tout en étant contre leur présence “sélectionnée et minime”.

 

 

Susceptible de mener “au péché”

Depuis 1979 et le triomphe de la révolution islamique, les femmes n’ont pas le droit de se rendre dans les stades pour voir des hommes jouer au foot, officiellement pour les protéger de la grossièreté masculine. Mais cette mesure est régulièrement critiquée au sein de la classe politique du pays, y compris par le président Hassan Rohani qui a plusieurs fois déclaré être en faveur de la présence de femmes dans les stade, tout en se heurtant à l’opposition des ultraconservateurs.

 

En octobre, les autorités locales avaient par exemple autorisé une centaine de femmes à voir un match amical entre l’Iran et la Bolivie (2-1) mais le procureur général du pays avait averti qu’il ne laisserait pas se répéter pareille occasion, susceptible selon lui de mener “au péché”.