Analyste et responsable des relations presse chez Football Manager, Tom Davidson était de passage à Paris pour la sortie de l’édition 2018 du jeu vidéo culte. FC Porto, Harry Kane et même des aliens… Rencontre avec celui qui a un meilleur job que le nôtre. 

 

 

Salut Tom ! Tu peux nous expliquer en quoi consiste ton boulot pour Football Manager ?

Je travaille depuis 5 ans pour le jeu, d’abord en tant qu’analyste. Cela consiste à utiliser la base de données et les stats de Football Manager pour les relier à ce qu’il va se passer dans le monde réel. Je m’occupe aussi des relations presse depuis un an.

On a rencontré Mehdi, le mec qui régale les joueurs du PSG

 

Ces dernières semaines, parmi les nouveautés de FM 2018, on a beaucoup parlé de l’intégration des coming-outs de footballeurs. Quels sont les premiers retours ?

Très positifs. C’est quelque chose qu’on voulait vraiment faire. Nous avons d’abord parlé avec l’agent Hugo Scheckter qui travaille pour Southampton et a fait son coming-out l’année dernière. C’est un ami à nous. On lui a dit, ce serait bien qu’on mette ça dans le jeu, non ? Mais on ne voulait pas s’en servir avant la sortie et que ce soit une nouvelle fonctionnalité à promouvoir. C’est pour ça qu’on a rien annoncé publiquement avant que quelqu’un ne le trouve sur Twitter. C’est une très bonne chose. Combien y’a-t-il de fans de foot dans le monde ? C’est impossible qu’il n’y ait pas de gays parmi eux.

 

Quand on a publié un article là-dessus, on a été surpris de voir à quel point certains commentaires étaient très négatifs.

Justement, aucun joueur n’a encore fait son coming-out en activité dans un championnat important en Europe. Et c’est aussi pour ça qu’on l’a fait. Parce qu’on voulait normaliser ça, contribuer à changer les choses. On est en 2017, quand même. Parce que si tu joues à Football Manager, que tu vas jusqu’en 2031 et qu’il n’y a aucun joueur qui fait son coming-out, c’est quand même étonnant.

 

Un coming-out dans Football Manager 2018 (capture BBC)

Un coming-out dans Football Manager 2018 (capture BBC)

 

 

 

 

Un joueur de Premier League nous a appelé pour se plaindre de ses notes”

Ça concernera uniquement des « regen » et pas des vrais joueurs pour des raisons légales ?

Oui, comme on ne peut pas mettre dans le jeu que tel joueur, Lionel Messi par exemple, a été en boîte et a loupé l’entraînement. Parce que le lendemain, on a un appel de son agent et il ne va pas trop aimé (rires).

 

Les joueurs se plaignent souvent de leurs notes dans FIFA ou PES. Ils sont nombreux à le faire pour FM ?

Beaucoup, tout le temps même (rires). À chaque fois qu’on va un évènement foot et qu’on croise des footballeurs, on a droit à des remarques genre « Je suis meilleur que ça », « Je vais plus vite que lui »…  Cet été, un joueur de Premier League nous a carrément passé un coup de téléphone et laissé un message vocal pour se plaindre.

 

Il a cherché à contacter directement Miles Jacobson, le créateur du jeu, ou il a appelé au bureau ?

Il a appelé le standard du bureau, normal (rires). Il a dit « mes stats sont toutes fausses, je suis plus rapide que ça, je veux que vous le changiez ».

 

On voit souvent des simulations de compétitions à venir basée sur Football Manager dans les médias anglais. Comment ça se passe exactement ?

Ça, c’était mon job quand je suis arrivé à FM, même si ça fait toujours partie de mes activités. C’est assez amusant. Au début de la saison, on crée un fichier où on met tout ce qui se passe quotidiennement dans le foot, blessures, transferts, suspensions, résultats, classements… dans chaque nation. Et quand on nous demande, « je veux savoir qui va gagner la Champion’s League, la Coupe du monde » etc. on fait la simulation et grâce à nos données on tente de le prédire.

 

Vous avez prédit que le PSG allait se faire éliminer en quart de finale de la Ligue des champions cette saison, vous avez un truc à dire pour rassurer les Parisiens ?

On n’a pas toujours raison (rires). Mais cette année, je pense que c’est très ouvert pour la Ligue des champions. Il y a Manchester City ou encore le PSG qui peuvent frapper fort.

 

Quel est le joueur que vous avez repéré avant les autres et dont vous êtes le plus fier ?

Quand il avait 14 ans, on savait déjà que Leo Messi allait devenir le meilleur joueur du monde. On l’avait repéré avant Louis Van Gaal, qui était coach du Barça à l’époque (rires). Donc ça c’était cool. Sinon, il y a Robert Lewandowski aussi, alors qu’il jouait en D2 polonaise, on savait qu’il allait devenir très bon. Neymar quand il avait 15/16 ans aussi. Je peux aussi citer Paul Pogba et plus récemment Mbappé. Mais notre meilleur coup, c’est quand même Messi.

 

 

Harry Kane, FC Porto et des aliens

Le joueur sur lequel vous regrettez de vous être loupé ?

Il y en a un sur lequel on s’est vraiment trompé, c’est Harry Kane. On n’avait pas imaginé qu’il deviendrait aussi bon que ça, donc on a été obligés d’avouer qu’on avait fait une erreur et dire « désolé », tout simplement.

 

Comment se décident les nouveautés à intégrer dans FM ?

On a des suggestions tout le temps, via les réseaux sociaux ou les gens du monde du foot qui sont très fans du jeu et nous disent ce qui va ou ne va pas. Pendant un mois, un mois et demi après la sortie, les gens du studio vont jouer à FM et soumettre leurs nouvelles idées. J’ai déjà une liste de 20 choses. Généralement, on se réunit en janvier pour voir ce qu’on peut ajouter. Et en février/mars, on connaît les nouveautés du jeu qui sort un peu après la rentrée.

 

La suggestion la plus bizarre ?

L’idée la plus étrange qui revient souvent sur les réseaux sociaux c’est de pouvoir dépenser l’argent que l’on touche en tant que manager, en voiture ou en maisons. Pouvoir jouer en l’an 3000 avec des aliens aussi (rires). On reçoit des choses très très bizarres. En 2013, on avait fait un poisson d’avril aussi. On avait dit qu’on allait sortir un Football Manager 1888, pour les 125 ans du championnat anglais. Pour nous c’était une blague mais plein de gens on dit qu’ils adoreraient une édition ancienne. Le problème c’est que tout le monde saurait qui deviendra le meilleur joueur, alors que c’est qui est amusant dans le jeu. Tout le monde achèterait Neymar, Ronaldo ou Messi avant qu’il soit connu.

 

Football Manager 1888

Football Manager 1888

 

Combien de personnes travaillent sur Football Manager dans los bureaux de Sports Interactive à Londres ?

On est 80 à peu près. Et 30/40 en dehors de l’Angleterre.

 

Combien de scouts ?

Plus de 1500, ce qui est plus important que le Real Madrid.

 

Et en France ?

Un pour chaque club. Et maintenant on a une équipe avec trois head researchers qui travaillent ensemble, comme en Angleterre.

 

Si je veux devenir scout pour FM, comment je fais ?

Il faut contacter notre équipe, ou nous écrire même sur Twitter. Mais il faut que ce soit un club particulier, parce qu’en L1, on a déjà des gens. Si c’est une équipe de division inférieure par exemple, c’est possible. Ensuite, les notes sont vérifiées. Il faut regarder les matchs, au moins la totalité des rencontres à domicile, mais aussi les entraînements. Les jeunes aussi il faut les regarder, même si on ne va pas en dessous de 16 ans maintenant.

 

Il y a déjà des gens qui ont travaillé pour FM d’abord avant de devenir recruteur pour une équipe pro ?

Oui, j’ai beaucoup d’exemples. Mais mon préféré c’est un mec qui s’occupait d’observer Porto pour nous. Il regardait leurs entraînements tous les jours, les jeunes aussi… Et un jour, le coach l’a repéré et il a dit qu’il était scout pour FM. Il a regardé son travail et a vu qu’il avait un meilleur jugement que ceux qui bossaient pour Porto. Donc il a été embauché par le club et il a ensuite été promu directeur de leurs scouts pour le monde entier.

 

Alex Sandro lors de son passage à Porto en 2015

Alex Sandro lors de son passage à Porto en 2015

 

Vous travaillez aussi en collaboration avec les clubs et les joueurs directement.

Oui, on travaille avec beaucoup de clubs dans le monde, du plus petit au plus gros. Pour les petits clubs qui n’ont pas les moyens financiers d’aller observer beaucoup de joueurs, encore moins en Argentine ou au Brésil, pour 50 euros, ils ont une bonne base de données. On travaille aussi avec les joueurs. Ce n’est pas un secret, beaucoup montrent qu’ils jouent à FM sur les réseaux sociaux.

 

Qui prend contact, les joueurs ou vous ?

Ce qui se passe souvent c’est qu’un footballeur d’une équipe va jouer et dans le vestiaire les autres vont se dire « moi aussi je veux essayer ». Donc ils nous contactent pour avoir le jeu. Ça commence avec un joueur et ensuite c’est toute l’équipe qui s’y met. Il nous ont beaucoup aidé sur la « dynamique de groupe » cette année. Si untel ou untel ne s’aiment pas, cela aura un vrai impact.

 

 

La brouille Cavani/Neymar a été un bon exemple.

C’était parfait pour nous. On se disait que le PSG était trop fort, comment les affaiblir un peu ? Ils l’ont fait eux-mêmes finalement. Si c’est notoire qu’ils ne s’aiment pas, c’est aussi dans le jeu. Les joueurs ont été très utiles pour ça. C’est une connexion au monde réel et ils nous disent ce qui est bien ou pas.

 

Aujourd’hui, où joue-t-on le plus à Football Manager en Europe ?

En France. L’Espagne joue pas mal aussi mais ce n’est pas comparable à la France. En Allemagne, le jeu ne sort toujours pas sorti car nous n’avons pas la licence pour la Bundesliga. Mais nous l’aurons l’année prochaine, et ça promet beaucoup. En Turquie aussi, on est assez présent. Les Scandinaves sont aussi des grands passionnés du jeu, les Italiens aussi.

 

Et dans le reste du monde ?

Cela a changé récemment. Les asiatiques sont devenus des grands joueurs de Football Manager. L’année dernière, le jeu est sorti pour la première fois en Chine. La Corée aussi, c’est un vrai marché. Le nombre de joueurs grandit aussi en Thaïlande, en Malaisie. Même en Amérique du Sud avec certains pays comme la Colombie. C’est important pour nous de s’ouvrir au monde entier.