Pressé de conclure un deal avec le Real pour Robinho, fin août 2008, Chelsea met déjà en vente des maillots à son nom. Mauvaise idée : il rejoindra finalement Man City.

 

C’est le genre d’histoire qui rendent des transferts encore plus légendaires. Devenu plus intéressé par les caïpirinhas que le foot au bout de trois ans décevants à Madrid, Robinho squatte les Unes de Marca et AS durant l’été 2008 : il veut à tout prix quitter le Real, tout juste champion d’Espagne. Tout le monde le voit alors intégrer le Chelsea de Scolari, en quête d’un autre joueur créatif après l’arrivée de Deco, y compris dans les bureaux du club londonien. “Nous sommes très confiants concernant ce dossier”, annonce carrément Peter Kenyon, le directeur exécutif, tandis que Lampard adoube la signature “d’un joueur de classe mondiale” pour Chelseafc.com, à quelques jours de la fin du mercato.

 

Une de Marca du 22 août 2008

Une de Marca du 22 août 2008

 

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Confiant, le club l’est sûrement un peu trop. Car en dépit de la résistance du Real, où l’on peine à trouver un successeur au Brésilien après le “non” d’United pour CR7, un nouveau produit apparaît dans la boutique en ligne des Blues : le maillot floqué Robinho. Pas de doute, la signature est donc imminente pour la presse et les fans. “Le transfert semble certain, l’officialisation pourrait se produire dans la journée”, écrit par exemple le Telegraph le 29 août. Mais d’autres commencent à se méfier, comme The Independent : “Chelsea risque d’énerver le Real en vendant des maillots avant que le transfert soit totalement fait”.

 

 

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Furax Madrid

Bien vu : le Real réagit évidemment mal. Alors présidé par Ramon Calderon, le club dégaine un communiqué où il dit “profondément regretter” l’attitude des dirigeants de Chelsea. “Malgré notre désir de garder le joueur, ils ont continué à faire des déclarations, allant même jusqu’à vendre des maillots sur leur site. Tout cela n’a fait que rendre la situation encore plus difficile”, peste la Maison Blanche, qui a surtout trouvé la meilleure excuse pour faire payer le prix fort aux Londoniens. Ou à d’autres.

 

De quoi calmer Chelsea ? Pas vraiment. S’il retire le maillot de la boutique et plaide l’erreur de son prestataire Kitbag, chargé de préparer les stocks avant l’officialisation des recrues, le club anglais “réfute les critiques du Real”. “Il n’y a rien de mal à dire publiquement que nous voulons un joueur quand le club est au courant et négocie. Nous espérons conclure le deal bientôt”, répond un porte-parole. Raté, puisque c’est Man City, tout juste racheté par un fonds d’investissement d’Abu Dhabi, qui profite de la guéguerre Chelsea-Real pour arracher Robinho lors du dernier jour du mercato contre 42 millions d’euros. Ce qui entraîne une autre boulette devenue culte, cette fois du côté du Brésilien, “heureux d’avoir accepté la belle proposition de Chelsea” lors de sa présentation à Manchester. Aïe.

 

 

 

C’est l’une des raisons de l’échec du transfert”

Accusé d’avoir choisi l’argent et très critiqué au Brésil, à commencer par Pelé, Robinho dira plus tard que c’est cette histoire de maillot qui a fait capoter son arrivée à Londres. “Mon objectif prioritaire était Chelsea, confie-t-il en 2017 à FourFourTwo. Mais le Real n’a pas aimé qu’ils vendent ces maillots. Je suis sûr que cette erreur est l’une des raisons principales de l’échec du transfert, c’était une question de fierté pour le Real, même s’il voulaient aussi éviter de me vendre à un club jouant la Champions League comme eux.” Avec 14 buts en 41 matchs, 0 titre et le début d’un lent déclin à City, l’ex-crack peut avoir quoi avoir quelques regrets. Mais personne ne le verra jamais avec ce maillot des Blues.