Poussé à l’exil par le gouvernement Erdogan, Hakan Sükür revient sur sa nouvelle vie aux Etats-Unis et sur son parcours dans une interview au New York Times.

 

C’était le joueur turc le plus en vue au tournant des années 2000. Aussi longiligne que redoutable dans la surface, Hakan Sükür (46 ans) était l’attaquant-star de la Turquie et de Galatasaray, où il a fait trembler les filets pendant de nombreuses saisons – et même remporté une Coupe de l’UEFA – avant de connaître quelques expériences plus ou moins réussies à l’Inter Milan ou encore à Blackburn. Un premier exil qui en appellera un autre bien moins volontaire 15 ans plus tard aux Etats-Unis.

 

 

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De député en Turquie à serveur en Californie

Car Hakan Sükür n’est plus du tout en train de vivre l’après-foot tranquille de l’idole d’un pays. Passé à la politique, celui qui est élu député sous l’étiquette AKP quitte le parti du président Erdogan avec lequel il est en désaccord en 2013. Le début de la fin : soupçons de soutien à l’opposant Fethullah Gülen, procédures pénales à son encontre… Voyant sa situation et ses affaires s’empirer jour après jour, il décide alors en 2015, un an avant la tentative de coup d’Etat contre Erdogan, de faire ses bagages pour les Etats-Unis. A Palo Alto (Californie), la “Mecque des start-up”, il investit dans le café d’un ami et s’installe avec son épouse et ses deux enfants.

 

L'article du New York Times sur Hakan Sükür

L’article du New York Times sur Hakan Sükür

 

J’aurais pu avoir une belle vie et devenir ministre si j’avais joué le jeu correctement, si j’avais fait ce qu’ils disent”, estime-t-il sans regret, depuis son établissement, au New York Times. Mais maintenant je vend du café”. Avec plus d’espoir que d’amertume, Hakan Sükür, auteur du but le plus rapide de l’histoire de la compétition lors du Mondial 2002, liste alors les avantages que lui apporte sa nouvelle vie. “Je voulais que mes enfants soient libres, qu’ils voient des choses différentes et apprennent d’autres cultures. En Turquie, ils auraient été traités différemment”, poursuit-il, toujours optimiste, entre deux tables à nettoyer au Tuts Bakery and Cafe : “Je crois qu’un jour la lumière reviendra. L’obscurité ne dure pas pour toujours”.

 

 

Foot et mandat d’arrêt

Redevenu un anonyme outre-Atlantique, l’ancien “Taureau du Bosphore”, auquel Galatasaray a retiré la carte d’adhérent l’année dernière, n’oublie toutefois pas le foot. Pendant que l’Europe regarde la Ligue des champions, il joue tous les mercredis soir près du QG de Google, entourés d’employés du quartier. Malgré ses cheveux poivre et sel, tout le monde sait qui il est et personne n’est donc surpris de le voir trouver les filets avec une déconcertante facilité. Mais pendant qu’il retrouve des sensations de footballeur, Ankara lui rappelle son nouveau statut d’ennemi en lançant un mandat d’arrêt contre celui qu’il accuse d’être un “membre d’un groupe terroriste armé” durant l’été 2016. D’autant que Fethullah Gülen est soupçonné d’avoir organisé un mois plus tôt la tentative de coup d’Etat depuis les Etats-Unis.

 

Mais Hakan Sükür refuse toujours de se taire – “je perdrais tout respect pour moi-même” – pour revenir dans son pays dont il a porté les couleurs à 121 reprises. Alors en attendant, il se contente de voir ses parents via FaceTime. Son père, qui a fait partie des 60.000 personnes emprisonnées depuis la tentative de coup d’Etat, pendant quasiment un an, est désormais libre mais souffre d’un cancer à 77 ans. Une maladie qui s’ajoute forcément à la souffrance causée par l’éloignement. S’il se dit “chanceux”, l’ancien de Galatasaray, qui a un visa jusqu’en 2020, se voit aujourd’hui comme “un immigré de plus”, obligé d’être éloigné des siens et de débuter une nouvelle vie en Amérique. Cette nouvelle vie, Hakan Sükür compte d’ailleurs toujours sur le foot pour la réussir puisqu’il espère bientôt monter une académie. Comme il aurait bien voulu le faire en Turquie.