Ami de Pep Guardiola, l’écrivain David Trueba raconte les coulisses du fameux coup de gueule contre Mourinho avant la demi-finale de C1 en 2011. 

 

Messi blessé, CR7 parti… A deux jours d’un des Clasicos les moins attendus de ces dernières années, l’Espagne se remémore le bon vieux temps de la rivalité Guardiola/Mourinho. Et notamment ce 26 avril 2011 où le Catalan a provoqué son rival sur son terrain préféré : la salle de presse. “Comme monsieur Mourinho m’a tutoyé, moi aussi je vais le tutoyer, lâche Guardiola à la veille du match aller. En dehors du terrain, il a déjà gagné, il a gagné toute l’année. Je lui offre sa Ligue des champions particulière en dehors du terrain (…) Dans la salle de presse, Mourinho est le p***** de chef, le p***** de maître et je ne peux pas rivaliser avec lui un seul instant”, envoie-t-il devant les caméras, particulièrement remonté.

 

Quand Santiago Solari taillait Florentino Perez dans ses chroniques pour El Pais

 

Une sortie improvisée ? D’après son ami David Trueba, tout était en fait bien calculé. “Le fameux jour du “Puto amo !”, Pep m’a appelé et m’a dit qu’il allait faire du bruit en conférence de presse, raconte-t-il dans la Revista Libero. Je lui ai conseillé de ne pas tomber dans le piège mais il m’a dit “les joueurs en ont besoin””, se souvient l’auteur du livre Savoir perdre, l’un des bouquins que le coach catalan aime offrir à ses joueurs.

 

 

Malgré ce “puto amo” plein de nervosité, Pep Guardiola tient quand même à détendre l’atmosphère en interne. Alors le futur coach de City ajoute une deuxième idée beaucoup plus improbable à son plan, pour le dîner d’équipe prévu le soir-même. “Victor (Valdés) était un mec très marrant qui faisait des vidéos façon YouTube, des parodies du monde du sport. Et Pep lui a donc demandé d’en faire plusieurs et de les compiler”, se souvient-il. Mission accomplie : les vidéos feront rire toute l’équipe pendant le dîner et permettront de “détendre l’atmosphère”. Et si c’était là que la victoire (0-2) au Bernabeu s’était aussi jouée ?

 

 

Le moment est venu !

Pour ce qui est du “puto amo”, l’écrivain Marti Perarnau avait déjà dévoilé quelques secrets. Dans Pep Confidential (2014), il décrit le moment où le coach décide d’attaquer frontalement Mourinho à la veille du match. La scène : les joueurs sont au restaurant de leur hôtel madrilène quand un écran montre la conférence de presse du Portugais en direct. “Avec les déclarations de Pep, on entre dans une nouvelle ère, il y a désormais un nouveau groupe d’entraîneurs (…) qui critique les bonnes décisions de l’arbitre”, lâche un Mourinho au summum de son art. Une référence à la finale de la Coupe du Roi gagnée un peu plus tôt par les Madrilènes (1-0 a.p.) et aux critiques de Pep suite à un but de Pedro annulé pour une position de hors-jeu limite en 2e mi-temps.

 

 

 

S’il ne prête d’abord pas vraiment attention à l’écran, Pep Guardiola aurait surtout remarqué que ses joueurs étaient furieux. Et ça, c’est le vrai déclencheur : “Le moment est venu !”, a-t-il alors réagi, conscient que son groupe ne pouvait plus accepter qu’il ignore les attaques du Portugais. “Quelques mois plus tôt, Pep avait dit à ses proches : “Je connais très bien Mourinho et il me provoque pour que je réagisse, mais ça ne va pas fonctionner (…) Je ne répondrai que quand viendra le moment””, écrit Marti Perarnau dans son livre.

 

 

Bonne chance pour la conférence”

A la fin du dernier entraînement à Santiago Bernabeu, Puyol, Piqué et leurs coéquipiers ont ensuite senti que quelque chose se tramait. “Un des joueurs les plus proches de Pep lui a souhaité bonne chance pour la conférence de presse”, explique l’auteur. Et Pep passera à l’action malgré des dirigeants – notamment Andoni Zubizarreta – lui ayant rappelé qu’il fallait faire “profil bas” dans cette histoire.

 

Passé à la postérité, ce “p***** de chef” était donc surtout destiné à ses joueurs qui, tout heureux d’avoir enfin la réaction qu’ils attendaient, vont même réserver une ovation à Guardiola lors de son retour à l’hôtel. “Même si Pep, c’est beaucoup de discipline et d’information, il essaye d’y arriver avec des éléments de son époque : il parle avec les joueurs, fait de la psychologie de groupe. Et ce jour-là, ça a marché”, confirme David TruebaCe 26 avril 2011, le “puto amo” de la salle de presse ne s’appelait pas José.

 

 

Le livre Pep Confidential