Son père était l’un des joueurs français les plus classes des 90’s. Mais à 29 ans, Lucas Bravo a choisi un autre terrain : les plateaux de tournage. Fils de Daniel Bravo, désormais consultant sur beIN Sports, le comédien nous raconte ses années passées à suivre son père, entre vandalisme à Marseille, pralines de Sinisa Mihajlovic ou Canal Football Club. Et il nous parle même de la pub qui vous a rendu fou. Car oui, le beau gosse de Fortuneo, c’est lui.

 

 

Bonjour Lucas, comment on perçoit le foot quand on est le fils de Daniel Bravo ?

J’en ai fait une overdose quand j’étais petit. Je détestais le foot jusqu’à l’âge de 8 ans, je ne comprenais pas, c’était le truc qui m’arrachait à mon père, à ma famille. Il y avait toujours ce rectangle vert où tout le monde se désintéressait de ses enfants et des choses essentielles de la vie. Mais j’ai fini par apprécier quand on est arrivés à Parme (Italie), après la belle épopée du PSG.

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Il a fallu que tu quittes la France pour aimer le foot.

Oui, c’est l’Italie qui m’a vraiment fait aimer le foot. Je n’allais jamais voir mon père, ma mère (Eva Bravo, ex-chanteuse) m’a amené deux ou trois fois dans les loges du Parc des Princes mais j’étais plus fasciné par le plateau repas que par ce qu’il se passait sur le terrain.

 

 

« Mon père m’a déconseillé le foot »

Ton père aurait voulu que son fils soit footballeur ?

Non, pas plus que ça, il m’a limite déconseillé. Un footballeur, c’est quelqu’un d’occupé et qui a donc peu de temps pour t’épauler H24 dans une passion. Il m’a un peu poussé à m’entraîner mais il n’était pas là pour me faire jongler par exemple. Et il m’a aussi dit que c’était un milieu fun et paillettes à l’extérieur mais que ça n’évoluait pas forcément bien à l’intérieur.

 

Ton père a évolué à Nice, Paris, Marseille, ou encore Parme… Vu ton âge, on imagine que tu étais toujours du voyage ?

Oui, mon père a toujours trouvé ça important qu’on soit tous ensemble. C’est quand même une épreuve, de quitter tout ce que tu as connu, d’adopter une vie complètement différente. Ça a vraiment été un apport assez considérable. Parce que quand tu grandis, que t’es amené à voir plusieurs cultures, ça t’ouvre l’esprit. Une fois que t’as passé la douleur, quand tu es jeune, tu oublies vite. Après, passer de Parme à Marseille, c’est une petite fracture. Mais se réinventer à chaque fois, c’est intéressant. C’est sûrement pour ça que j’ai fait acteur, je me suis dit autant en faire un métier et endosser des rôles.

 

Tu soutiens Paris depuis petit. Au Parc des Princes, t’es plutôt tribune Boulogne ou  présidentielle ?

Ah non, moi il faut qu’il y ait du bruit, de l’ambiance. Je suis un Borelli, pas un Boulogne, parce que je ne veux pas me prendre des coups non plus (rires). Mais il faut que j’entende le bruit des supporters.

 

Ton père est la nouvelle recrue de beIN Sports, comment ça s’est fait ?

Il commentait des petits matchs et comme il était apprécié et que ça avait plutôt bien marché, il a gentiment demandé à Canal+ d’avoir des responsabilités un peu plus conséquentes cette année. Sans être trop cupide, il voulait commenter des plus beaux matchs que des Caen-Montpellier après cinq-six ans à Canal (rires). beIN Sports est rentré dans la balance à ce moment-là, ils lui ont proposé de commenter des matchs du PSG et de Ligue des Champions.

 

Tu le regardais régulièrement dans le Canal Football Club ou ça te gonflait ?

Les deux dernières années, ouais. Ça reste quelqu’un qui a grandi toute sa vie dans le foot – bon il ne parle pas que de ça – mais quand on connecte vraiment, c’est sur le foot. Quand il rentrait de l’émission, il aimait bien débriefer et savoir ce que j’en avais pensé. Je lui dis « j’ai bien aimé ton échange avec Ménès sur cette question, j’ai aimé ton point de vue, là je pense que t’avais tort, t’avais un costard sympa ce soir… » Relation père-fils, quoi.

 

 

La fusée de Mihajlovic «en pleine tête»

C’est quoi l’anecdote la plus drôle que ton père t’a racontée sur le foot ?

Il jouait avec Parme en 1996 et à la Sampdoria il y avait Mihajlovic qui mettait des coups-francs d’assassin. Mon père se retrouve dans le mur avec Lilian Thuram, son meilleur pote depuis Parme. Là, Mihajlovic envoie une fusée et mon père se la prend en pleine tête et tombe. C’est Lilian Thuram qui m’avait raconté : « Ton père, il se relève, commence à courir, fait deux trois pas, regarde autour de lui, puis il vient vers moi et me tape sur l’épaule ‘Lilian, dans quel but on marque déjà ?’. J’ai crié ‘changement !’ et il est sorti du terrain.» Mon père m’avait dit : « J’ai pris une telle praline dans la tête, je ne savais plus ou on devait marquer, qui j’étais et comment je m’appelais, mais j’étais encore sur le terrain ».

 

La période italienne en 1996-1997, ça reste le meilleur souvenir ?

Ouais, on a découvert la bonne nourriture, une culture extrêmement ouverte. Même si j’apprécie moins les Italiens quand ils voyagent, quand tu es sur place, ils sont super cools. C’était une très belle période, la meilleure je pense. Même mon père, il avait style un peu survêt’ avant, un peu « centre de formation », et l’Italie ça l’a transformé. Ça l’a mis en mode costard (rires).

 

 

 

Marseille, la «beach house» dépouillée et Artur Jorge

Et Marseille, comment ça s’est passé ?

Ah, Marseille, c’est une toute autre question (rires). Pour moi, c’était un peu la peur au ventre. On est arrivés à Aubagne, qui est censé être le coin un peu cool, un peu reculé… Je sais que mon père a très mal vécu la période marseillaise, même s’il a été très bien accueilli en étant Parisien. C’est dur quoi, au niveau du stade, de l’équipe, entre le « milieu », les supporters… C’était un peu compliqué. En revenant des vacances d’été, on découvrait que des familles étaient venues vivre au bord de la piscine. C’était assez sauvage.

 

Donc le fameux contexte marseillais, c’est loin d’être un cliché ?

Mon père, lui, il adorait quand même certaines choses à Marseille. Il avait ses coins, il allait sur le Vieux-Port, il avait un pote où il prenait sa soupe de poisson, il avait ses petits lieux préférés, son petit business. Mais sinon, le reste de la ville, c’était compliqué. On n’a pas été cambriolés mais la beach house, on pouvait découvrir les serviettes sorties, les bouteilles de rosé ouvertes. Certains se faisaient des étés super sympas (rires). C’est plus l’atmosphère générale du club. Il était en fin de carrière, il avait envie d’être tranquille, il venait d’Italie où il avait adoré, et l’ambiance du club n’était pas du tout cool.

 

Ton père a connu des moments difficiles comme au PSG au début des années 90, il t’en a parlé ?

Oui, ça l’a vraiment rapproché de ma mère qui a toujours été là pour le soutenir. Ça a été le moment où il a mûri dans sa carrière de footballeur. Il arrivait, c’était le « petit prince du Ray »… Et l’entraîneur… comment il s’appelle déjà ce moustachu ? Ah oui, Artur Jorge. Il ne l’appréciait pas et ne le faisait pas jouer, et il se retrouve à rentrer au Parc devant 40.000 personnes qui le sifflent. Ça lui a fait très bizarre. Ce n’était pas un joueur qui pensait à l’affect, et du jour au lendemain, il s’est mis à craindre tout ça. À l’époque il m’avait dit que cette sensation était indescriptible.

 

On imagine que ça n’a pas dû être très facile non plus pour ta mère cette époque.

C’est délicat de vouer sa vie à quelqu’un. Elle a été chanteuse, elle a eu son émission en Italie. Et quand on est partis, elle a dû tout sacrifier. Ça a été dur pour elle mais elle a toujours été fidèle à son rôle de mère, d’amie de mon père. Ça fait 26 ans qu’ils sont ensemble, depuis qu’il jouait à Nice. Et maintenant, ils s’envoient des emojis (rires).

 

Daniel Bravo et madame

Eva et Daniel Bravo

 

 

«Je refuse Secret Story tous les ans»

La passion de ton père c’est le ballon rond, la tienne c’est le ciné. Comment tu as débuté en tant que comédien ?

C’est le boulot de mon père qui m’a un peu mis sur la voie. En changeant tout le temps de ville, je n’avais pas vraiment d’identité, puisque quand tu grandis de cette façon, tu ne sais pas trop à quoi tu appartiens, qui tu es. Et à un moment donné, comme j’ai toujours aimé le cinéma, que j’ai étudié le théâtre, je me suis dit assez vite que c’est ce qu’il fallait que je fasse. J’ai fait l’American Academy of Dramatic Arts, à Los Angeles, pendant deux ans puis je suis rentré à Paris pour pouvoir débuter dans ma ville.

 

Luvas Bravo et l'acteur Eric Dane

Luvas Bravo et Eric Dane

 

Les films sur le foot sont rarement une réussite. Si on t’en propose un, ça te dit ?

Grave. D’ailleurs, Pierre Ménès en prépare un avec M.Pokora mais le projet n’a pas trop avancé. C’est le seul truc pour lequel mon père m’a branché d’ailleurs, contrairement à ce que les gens croient puisqu’il m’a toujours laissé me démerder. Même financièrement, il m’a toujours dit de travailler, j’ai bossé dans tout, j’ai été serveur, j’ai été le mec qui se prenait des vents toute la journée devant le Gap des Champs-Elysées à Noël. Ça donne vraiment la valeur des choses.

 

En attendant Christopher Nolan, on t’a vu dans La Crème de la Crème, de Kim Chapiron. C’est comment de bosser avec le réal de Sheitan ?

Super. Kim, c’est un mec qui m’a agréablement surpris. Humainement, c’est une super personne. Il est très ouvert, pas du tout dans les clichés du cinéma. Il a un regard simple. C’est un bonheur. Le premier jour, au maquillage, il est venu me voir pour me dire « putain, tu colles trop bien avec le rôle, t’as une vraie tête d’enculé », et il a sorti son appareil pour me prendre en photo. C’est un vrai enfant.

 

À la télé, on t’a vu dans la série française la plus cool – après Marseille : Sous le soleil de Saint-Tropez. T’en gardes un bon souvenir ?

Ouais, c’était mon premier projet. Entre potes comédiens, on se disait tous qu’il y avait des trucs à éviter comme Sous le soleil ou Plus belle la vie. Donc quand l’opportunité s’est présentée, j’ai hésité. Mais à un moment, il fallait que je me lance et en fait c’est formateur, c’était super.

 

Sinon, il paraît que la production de Secret Story a déjà essayé d’avoir au casting « le fils d’un ancien footballeur ». T’as refusé ?

Tous les ans. Et tous les ans, je leur dis non. Je ne me vois vraiment pas faire ça. Pour certaines personnes, c’est super, mais pas pour moi. J’ai la chance d’avoir un père qui m’a inculqué des vraies valeurs, m’a ouvert sur le monde. Tout s’obtient avec de la patience. Je ne veux pas tout gâcher pour un pseudo quart d’heure de gloire.

 

 

 

Le mec de la pub Fortuneo, c’est lui

Parlons Fortuneo. Toi aussi t’as le riff de guitare dans la tête toute la journée ?

Oui (rires). C’est bizarre, je ne pensais pas qu’elle passerait autant. Tous les jours je reçois des messages. J’ai tourné plusieurs versions à l’époque, un coup je parle de tennis, un coup je parle de nouveaux restos. Et après j’ai compris, il y en a une qui passait pendant Roland-Garros, l’autre pendant l’année. Je n’ai pas anticipé puisque je ne regarde jamais la télé. Je ne me suis pas vu.

 

 

 

Combien ça rapporte une pub comme ça ?

C’est équivalent à un mois dans la restauration, on va dire.

 

T’as dû apprendre le chinois aussi ?

Non, mais j’avais un coach chinois qui me soufflait les mots pendant le tournage. Si ce n’est pas exactement la bonne prononciation, ça ne veut rien dire. Donc il me criait dessus et me faisait répéter tout le temps. Ça a été un grand moment de solitude, surtout seul avec lui devant un fond blanc, de 7h à 20h. Et avec la musique en boucle (rires). Mais c’était cool quand même, et puis la pub est assez second degré.

 

Sur Twitter, plein de filles veulent ton numéro depuis que la pub tourne en boucle, tu le donnes facilement ?

Non, t’es ouf (rires). Même si je suis fraîchement largué. Mais j’ai lu des choses très drôles sur Twitter. Un mec qui disait avoir l’impression qu’à chaque passage de la pub, les tensions sociales s’aggravaient. D’autres veulent que je la ferme. Ça me fait rire.

 

 

Tryo et Christine Bravo

Et sinon, on t’a déjà pris pour le fils de Christine Bravo ?

Oh la la… À chaque rentrée, c’était la même. Dès que les profs faisaient l’appel, moi je me cachais sous la table mais un sur trois me disait « Ah mais vous êtes le fils de… Christine Bravo ? ». « Non ».

 

Un des mecs du groupe Tryo s’appelle aussi Daniel Bravo, ça te donne envie d’écouter ?

(rires) J’aimais bien la chanson « je veux / fumer de l’herbe de qualité » Je ne savais pas qu’il s’appelait Daniel Bravo. J’ai su récemment en googlant mon père. J’avoue, j’aime bien Tryo.

 

Daniel Bravo tape la pose à côté de Christine Bravo, mais ils n'ont toujours aucun lien de parenté

Daniel Bravo n’a aucun lien de parenté avec Christine Bravo