À l’heure où Samir Nasri tente de rebondir en Premier League, à 31 ans, la chaîne L’Equipe décrypte sa “mauvaise réputation” dans un documentaire diffusé lundi soir à 20h50. 

 

Victime des médias pour les uns, coupable de trop de dérapages pour les autres : dans quelle case peut-on ranger Samir Nasri en 2019 ? Avec ce nouveau docu signé Sébastien Tarrago et Fabien Touati, La chaîne L’Equipe nous donne des éléments de réponse en retraçant les contours de la “mauvaise réputation de la recrue de West Ham, où il vient de débarquer après un an sans jouer. Comme souvent avec L’Equipe Enquête, dur de rester sur sa faim : 1h30 riche en images et en témoignages rares, avec un casting fait de proches (son père ou encore ses frères, touchants) et d’une succession d’ex-collègues des Bleus ayant accepté de raconter “leur” Nasri.

 

 

L’occasion rêvée pour régler des comptes ? Pas toujours. Preuve parfaite de la complexité du cas Nasri, Laurent Blanc, la vraie surprise du docu, montre par exemple une grande tendresse pour celui qui lui a pourtant causé des soucis à l’Euro 2012, avec son “chut” (pour rester poli) à la tribune de presse. “J’ai beaucoup de respect pour lui”, assure l’ex-sélectionneur. Sans filtre, rappelant au passage qu’il commence à manquer au foot français, l’ex-coach du PSG prend même des airs d’avocat : “On dit qu’il a eu un impact négatif sur cette compétition (l’Euro 2012). Peut-être. Mais pourquoi ? Parce qu’il s’est attaqué à la seule institution à laquelle il ne faut pas s’attaquer : la presse”, le défend-il, encore charmé par “Samir”, dont il n’oublie toutefois pas de mentionner le “gros caractère” : “Quand ces hommes de caractère jouent, ça se passe plutôt bien. Mais quand ils ne jouent pas, il faut faire attention. Avec les grands joueurs, c’est comme ça, et Samir fait partie de cette caste”. 

 

 

 

Laurent Blanc et Samir Nasri après l'élimination en 1/4 de l'Euro 2012 contre l'Espagne - Panoramic

Laurent Blanc et Samir Nasri après l’élimination en 1/4 de l’Euro 2012 contre l’Espagne – Panoramic

 

 

 

Rancoeur Domenech

Authentique” pour Boumsong, “bien éduqué et très intelligent” selon Pape Diouf, cette sympathie pour Nasri est aussi partagée par Patrick Vieira, l’autre grand protagoniste du docu. Comme un symbole du décalage entre le joueur et son image, l’ex-Gunner dépeint lui aussi un “mec honnête” et “marrant”. “Il a sa personnalité mais, avec lui, ce n’est jamais tordu”, dit celui qui l’a côtoyé chez les Bleus et à City, où Nasri n’a eu “aucun souci”. Alors, pourquoi tant de polémiques ? “Il prend peut-être beaucoup de place, et les gens autour de lui qui manquent de personnalité se sentent sûrement tout petits à côté”, analyse le coach de Nice, tout en pointant du doigt “la responsabilité” de la Fédération à l’époque : “Il n’y avait peut-être pas une organisation autour de la sélection qui permettait aux joueurs de bien vivre ensemble. En club, ces jeunes, ils n’ont jamais eu de problème”. 

 

Le "chut" de Nasri contre l'Angleterre au premier tour de l'Euro 2012 - Martin / L'Équipe

Le “chut” de Nasri contre l’Angleterre au premier tour de l’Euro 2012 – Martin / L’Équipe

 

Rendez-vous manqué, malgré des débuts idylliques chez les jeunes racontés par Philippe Bergeroo, sélectionneur de la fameuse génération 87, l’histoire entre les Bleus et Nasri est aussi celle des failles de la FFF post-Knysna. C’est en filigrane ce que raconte également le docu, même si cette thèse n’est pas celle d’un Domenech y allant les deux pieds décollés sur Nasri : “Il va toujours trouver la faille et le défaut chez l’autre (…) Il a, je pense, un peu d’orgueil qui lui a fait s’imaginer qu’il était supérieur aux autres, intellectuellement, techniquement, tactiquement, qu’il savait plus, et que les autres étaient des jouets, juge-t-il sèchement. Ce n’est pas un leader, ça. C’est un amuseur”, lâche celui qui montre le plus de rancoeur, avec un Noël Le Graët encore marqué par une réunion tendue avant l’Euro 2012. Des séquences fortes du film, puisqu’il est rare de ne pas les voir manier la langue de bois, et qui nous font regretter que Deschamps n’ait pas souhaité être au casting.

 

 

 

Mal élevé, mon fils !?”

Portrait nuancé, malgré le contentieux passé entre Nasri et L’Equipe, ce docu n’occulte pas les anecdotes montrant l’impulsivité (l’épisode Gallas) ou les comportements de “petit con” (comme il le dit lui-même) ayant terni son image auprès du public et des journalistes. Même si l’on ressent inévitablement de l’empathie pour lui et surtout son entourage, quand il évoque les violentes critiques envers le joueur. “Ça me faisait mal, reconnaît son père Hamid, en évoquant l’Euro 2012. Mal élevé, mon fils ?! Alors ça, ça m’a tué…”, se désole-t-il encore. Le témoignage des jeunes frères jumeaux du joueur en dit également long sur une image pas toujours juste, tout comme celui de ses oncles, interrogés dans son quartier de la Gavotte-Peyret (Marseille), ou ses anciens éducateurs. C’est l’autre force du film : montrer une facette moins médiatisée que les frasques habituelles connues depuis 10 ans et l’ascension du “minot” comparé à Zizou.

 

 

 

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Malik et Walid, les frères jumeaux de Nasri

 

Très vite d’accord” pour participer à ce numéro de L’Equipe Enquête, d’après Sébastien Tarrago, Samir Nasri aura aussi la parole. Plutôt silencieux ces derniers mois, le milieu de West Ham, où il a connu de bons débuts, réagira dans une interview diffusée juste après le film. “Il n’a mis aucune barrière, même si sa soeur et sa mère n’ont pas souhaité parler”, a précisé Sébastien Tarrago qui, ironie de l’histoire, était aussi visé par le “ferme ta g*****” du joueur à l’Euro 2012. Autre preuve que Nasri n’est pas forcément un mauvais mec ?