Voix du foot allemand dans l’After de RMC, Polo Breitner dévoile ses années SDF dans une interview saisissante à L’Equipe

 

L’After et ses clashs cachent aussi de belles histoires. Connu de tous les auditeurs pour ses chroniques sur le foot allemand, Polo Breitner était pourtant loin de s’imaginer au micro d’une grande radio il y a dix ans. Car à l’époque, ce supporter de l’Union Berlin vit dans la rue, après avoir longtemps travaillé en tant que cadre à Bielefeld en Allemagne. “Fin 2004, je gagne très bien ma vie mais je décide de racheter un fonds de commerce dans le sud-ouest de la France, raconte-t-il à L’Equipe. Pendant un peu plus de quatre ans, cela se passe bien. Et un matin, je n’arrive plus à me lever. J’ai trop de travail, je tombe en dépression. Je reste enfermé chez moi pendant six mois. (…) J’enfile un survêt, je prends un sac à dos, les 300 € qui me restent et je me rends à Paris”.

 

 

Equipé d’un duvet, d’un gros bonnet mais aussi d’une radio, c’est dans un parc de la capitale qu’il découvre alors l’émission. “Un soir, en zappant sur la radio, je tombe sur “l’After et les Drôles de dames”. À partir de là, je ne décroche plus, se souvient-il. J’écoute Daniel Riolo gueuler sur le foot et même si je ne suis pas toujours en phase avec lui, je vais sur son blog, à l’époque Langue de but sur Eurosport”. Grâce à deux heures d’Internet gratuit dans une médiathèque, il partage ses connaissances sur l’Allemagne avec les lecteurs du blog. Et se fait remarquer par Daniel Riolo, qui lui demande son mail pour intervenir dans l’émission.

 

 

 

Je me retrouve dans une cabine téléphonique”

Je lui dis que je suis SDF… Il tombe sur le cul, poursuit le fan de l’ex-joueur Paul Breitner. Il me demande de passer à l’antenne. C’est l’hiver 2009, je pèle dehors, il neige. Je me retrouve dans une cabine téléphonique (…). Quand tu te retrouves sur une grande émission de foot et que tu n’as pas ouvert la bouche depuis un an, tu ne sais même pas comment les mots vont sortir”. Sans nouvelles après ce premier passage, Polo Breitner décide de se rendre au siège de la radio avec son sac à dos et “(sa) gueule hirsute”. Bonne idée : il revient à l’antenne le jour même et intègre ensuite l’émission. En alternant d’abord avec un job de standardiste trouvé grâce à Gilbert Brisbois et Daniel Riolo.

 

Si ses premiers écrits sur le blog lui ont également permis de rencontrer sa compagne et de retrouver un toit, Polo Breitner ne veut toutefois pas qualifier son histoire d’hors du commun. “Quand les gens me disent : “quelle histoire extraordinaire !”, je réponds : non, justement, elle ne l’est pas. C’est un monde très pluriel avec des femmes et des enfants en bas âge, des étrangers bloqués en France, d’autres avec des problèmes psychologiques, souligne le chroniqueur de 48 ans. J’ai surtout envie d’écrire un bouquin sur l’histoire des bains-douches de Paris. Pour raconter cette vie et celle de tous les mecs qui bossent pour nettoyer notre merde quotidienne”.