Il n’y a plus de Canal Football Club, mais Hervé Mathoux continue de parler de ballon rond. Ou plutôt de maillots, puisque l’animateur profite du confinement pour présenter “Un maillot par jour”, une série tournée à domicile où il partage ses souvenirs de carrière au travers de modèles cultes ou oubliés. On en a voulu en savoir plus sur ce qui le lie à ces maillots et sur ses goûts en la matière.

 

 

Comment l’idée de cette série vous est venue ? C’est une façon de combler le manque de foot ?

Quand on est confiné chez soi, on se dit que l’on va pouvoir enfin ranger telle ou telle pièce et je suis simplement tombé sur ces caisses de maillots. Ce n’est pas forcément pour combler un manque mais en revoyant tout ça, j’ai pensé à une série puisque c’est à la fois un témoignage du temps qui passe et plein de petites histoires. Je n’étais pas sûr de l’intérêt des gens au départ mais ça a bien marché, donc je vais continuer ! Lorsque l’actu s’arrête et que rien n’avance, forcément on regarde derrière nous.

On a rencontré Mehdi, le mec qui régale les joueurs du PSG dans son restaurant

 

 

Vous avez suffisamment de maillots pour tenir jusqu’à la fin du confinement ?
Ah oui ! (rires.) On ne sait pas combien de temps cela va durer, et je n’ai pas tout mes maillots chez moi – certains sont dans mon bureau – mais oui oui, j’ai de quoi tenir bien longtemps !

 

 

 

Je n’en demande jamais aux joueurs” 

Cette collection a démarré au même moment que votre carrière de journaliste ?
Oui, ce sont plutôt des souvenirs de journaliste. Avant, quand j’étais un simple supporter, je n’avais pas accès aux vrais maillots. Mais je montrerai peut-être l’un de mes maillots de jeunesse, acheté lors d’un voyage linguistique en Angleterre.

 

 

C’est Paga qui a récupéré pour vous celui de l’AJA porté par Lachuer. Vous n’aimez vraiment pas en demander aux joueurs ?
Non, les joueurs sont sollicités à un point que l’on n’imagine même pas. Ils ne peuvent pas dire bonjour à quelqu’un sans que la personne ne leur demande un maillot. Et demander ça à un joueur, c’est mettre un fil à la patte, on peut être un peu redevable ensuite. Donc personnellement, je ne le fais jamais. Cela a pu arriver qu’un invité du CFC vienne avec un maillot. Mais la plupart de ceux que j’ai sont assez anciens et datent de l’époque où je faisais beaucoup plus de terrain qu’aujourd’hui. Il y a en très peu que j’ai eus à demander moi-même. D’une manière générale, j’essaie d’éviter ce côté fan pour rester dans une relation professionnelle.

 

 

Il n’y a pas un joueur pour lequel vous pourriez déroger à la règle ?
Non, vraiment pas. Après, j’ai pu demander à quelques joueurs avec lesquels je suis ami, quand ils ont arrêté leur carrière par exemple, de leur dire : “Bon, comme t’arrêtes, je veux bien un maillot de toi.

 

 

Vous avez déjà montré des modèles portés par Olivier Dacourt et Eric Carrière. On retrouvera d’autres consultants Canal ? Habib Beye par exemple ?
De mémoire, je dirais non. J’ai des maillots de l’OM mais pas d’Habib. Je vais me plonger dans la profondeur de mes caisses et peut-être que je vais trouver.

 

 

Olivier Dacourt a donc appris via votre vidéo que vous aviez celui de son doublé lors d’Atlético-Lens (2000).
Oui et il m’a dit : “Je savais que je te faisais rêver.” (rires.)

 

 

Vous charriez aussi Eric Carrière. Il vous a expliqué pourquoi son maillot de l’OL était si large depuis ?
Non mais il a vu la vidéo ! C’est vrai que nous, on est habitué à des maillots très près du corps, mais quand on voit des archives, même pas si vieilles que ça comme celles des années 2000, on a l’impression qu’ils avaient piqué les maillots de leurs grands frères.

 

 

Vous partagez l’amour du maillot avec d’autres collègues à Canal+ ?
David Berger est un grand fan. Je sais qu’il a une pièce dédiée à ça. Quand on aime le foot, on s’intéresse forcément aux maillots, c’est quelque chose d’identitaire pour lequel on a une attirance naturelle.

 

 

 

Cela m’agace de voir des grandes affiches avec des équipes qui n’ont pas leurs couleurs”

Ça vous arrive encore d’en acheter dans le commerce ?
Maintenant, non. J’avoue que j’ai la chance d’en recevoir parfois de la part des équipementiers, c’est comme ça que j’ai quelques modèles récents. Après, je trouve que les prix sont devenus hallucinants ! On l’exploite l’amour des gens pour les maillots.

 

 

Aujourd’hui, on voit des third ou des 4e maillots de toutes les couleurs, la Juve ou le Barça qui rangent leurs rayures… Vous êtes conservateur là-dessus ou vous appréciez le renouveau ?
Je vais faire une réponse de Normand : je peux les trouver ponctuellement beaux. Mais les gens du marketing, qui m’expliquent souvent que les modèles les plus dingues sont les plus achetés par les jeunes, scient la branche sur laquelle ils sont assis selon moi. C’est du calcul à court terme, cela permet de vendre ponctuellement mais s’ils avaient fait ça il y a 20 ou 30 ans, les clubs ne seraient pas des identités fortes. Parce que le Bayern aurait joué avec des couleurs différentes tous les ans, le Real ne jouerait pas en blanc mais en jaune… Ce serait n’importe quoi. Je pense qu’il faut garder la base dès qu’on peut. Par exemple, ça m’agace beaucoup de voir de grandes affiches de L1 ou européennes avec des équipes qui ne portent pas leur maillot alors que c’est possible. Un Ajax-Milan, on a envie de voir leurs couleurs ! Sinon, on a l’impression que ça devient un match lambda. Donc oui, il faut que Monaco garde sa diagonale, que Saint-Etienne joue en vert etc. Je comprends que les jeunes veuillent porter quelque chose de plus fun avec le logo de leur club, mais sur le terrain, il faut garder les mêmes couleurs au maximum.

 

 

Concernant les modèles home, le damier du Barça fait un peu mal quand même, non ?
C’est vrai, mais au moins, il y les couleurs ! Se renouveler sur 40 ans, ce n’est pas facile non plus. Après, on a tous nos préférences, le maillot du Barça pour le centenaire était super beau par exemple.

 

 

Quel est le modèle le plus rare ou introuvable dans votre collection ?
Peut-être le plus ancien, celui du Havre qui date du début des années 90. Dans l’esprit, ce n’est pas trop une collection d’ailleurs. Je suis loin d’en avoir autant que le musée Nicollin, je n’ai pas de pièce dédiée chez moi, je ne vais pas aux ventes aux enchères, c’est plus le témoignage de rencontres, que ce soit avec des joueurs ou des clubs. C’est ce que j’ai envie de partager en quelques secondes. Puis, il y a un esprit oecuménique, c’est une manière de montrer aux supporters qui nous imaginent toujours contre leur équipe que fatalement, on a tissé des liens avec tous les clubs. Moi, ça fait 30 ans que je suis dans le foot, donc on a été partout, on a vu des mecs sympas dans tous les clubs, des mecs pas sympas aussi (rires.) Je peux vraiment trouver des maillots de l’OM très beaux, pareil pour le PSG. Même chose pour le Barça et le Real. Chaque modèle correspond à des périodes où l’on a été amené à fréquenter ces clubs-là.

 

 

 

Certains sont quand même encadrés façon musée Nicollin ?
Dans mon bureau, oui ! Tous les deux ans, je tourne un peu. J’ai celui de Zidane au Real, celui d’Eto’o au Barça, de mon club de coeur Clermont Foot, de Desailly au Milan, d’Hazard à Chelsea et un de Benzema en équipe de France. Les plus prestigieux sont là en général mais bon, il faudrait avoir 400m2 pour en mettre plus et ce n’est pas le cas (rires.)

 

 

On ne trouve pas encore de maillots de gardien dans la série alors que c’était votre poste à l’adolescence…
C’est vrai que je n’en ai pas ! Enfin, j’ai l’imitation de celui de Dominique Baratelli (passé par Nice, le PSG et même les Bleus dans les 70/80’s, ndlr) que je portais à l’époque. Mais sinon, quand on achète on a plutôt envie d’avoir le maillot du club on va dire. Et même si j’ai beaucoup de sympathie et d’accointances avec ces gardiens, même chose, je n’en demande jamais.

 

 

Il y a des looks de gardien qui vont ont quand même marqué ? Campos, Frey, Kahn…
Je ne suis pas trop fan des looks bariolés à la Campos. Je préfère le total look uni. Intégralement jaune, vert ou bleu… J’aime les couleurs vives pour les gardiens. L’élégance des gardiens a quand même progressé je trouve. J’aime bien aussi quand ils peuvent porter le maillot habituel des joueurs de champ, c’est une belle revanche.

 

 

 

Si vous deviez choisir une époque préférée, ce serait ceux des années 80, 90 ou 2000 ?
Quand c’est plus près du corps, c’est mieux je trouve.

 

 

Plutôt Kappa des années 2000, alors ?
Ouais, voilà ! J’en ai un de la Roma d’ailleurs.

 

 

Encore un autre d’Olivier Dacourt ?
Non ! (rires.) C’était l’époque Rudi Garcia en fait, il m’a donné celui de Totti. C’est une très belle pièce qui est dans mon bureau. Je ne peux donc pas encore la montrer mais peut-être que je continuerai à la fin du confinement (rires.)

 

 

 

Je l’ai ramené en voiture et il m’a donné son maillot”

Vous n’êtes pas nostalgique de ceux de vos débuts, dans les années 80/90 ?
Au niveau texture, je préfère les modèles actuels, mais c’est vrai que je suis forcément nostalgique des maillots mythiques. Quand on dit Saint-Etienne, je pense à Manufrance, Nantes c’est Europe 1… Donc mes souvenirs, ce sont plutôt ces années 80/90. À l’époque, il n’y avait qu’un sponsor et c’était quand même plus beau à ce niveau.

 

 

Quelle est l’histoire la plus insolite autour de l’un de vos maillots ?
Je crois que c’est avec Amara Simba à Cannes. C’est assez incongru de nos jours, ça ne pourrait plus arriver un joueur de Ligue 1 qui te demande de le ramener en voiture. Il m’a donné son maillot suite à ça. C’est une histoire assez marrante.

 

 

Cela en dit aussi sur le changement de rapport entre les journalistes et les joueurs.
C’est vrai, après je n’ai pas connu l’époque des anciens qui rentraient carrément en train ensemble, dormaient chez les un ou les autres. Mais j’ai vécu des années où les rapports étaient plus détendus avec les joueurs que maintenant.

 

 

Vous jouez encore un peu au foot ? Quel maillot vous portez ?
De moins en moins ! Si les gens me voyaient jouer au foot dans mon jardin, les supporters en tireraient des conclusions hâtives (rires.) Un jour avec Bordeaux, l’OM, Paris… J’en mets quelques uns.

 

 

Vous avez d’autres objets liés au foot dans vos caisses ?
Des accréditations aussi, tiens. Mais comme pour les billets, c’était très beau, avec les logos du match par exemple, mais aujourd’hui c’est un espèce de carton avec des chiffres. Donc ça a perdu de son charme.