Encore mieux que le retour du foot : le retour du foot en clair. Mardi et mercredi soir, La chaîne L’Equipe propose les demi-finales de Coupe d’Allemagne avec Sarrebruck-Leverkusen et Bayern-Eintracht Francfort. Deux affiches notamment commentées par Johan Micoud, avec qui on a pu discuter du job de consultant, du foot allemand et du huis clos. 

 

 

Salut Johan ! Quel est ton sentiment par rapport au retour du foot ? Cela t’a manqué ou tu as bien vécu l’absence de match ?

Ça manque forcément ! Quand on aime ça et qu’on est passionné, on a toujours envie d’en voir. Surtout que c’était la période décisive sur les championnats et la Ligue des champions. Donc je suis très content de retrouver un peu d’émotions sur des matchs décisifs, et que La chaîne L’Equipe ait la possibilité de retransmettre ça en clair.

PSG-Barcelone : Entretien avec François David, le journaliste français le plus calé sur le Barça

 

 

En demi, on retrouve le petit poucet Sarrebruck (D4). Toi qui connais bien la compétition (gagnée en 2004 avec le Werder), tu parierais sur une surprise ? 

Je mettrais quand même plutôt une pièce sur une finale Bayern-Leverkusen. Ce que fait Sarrebruck est exceptionnel, mais peut-être que ce soir ça va être un peu trop haut pour eux. Et je ne vois pas non plus le Bayern se faire battre chez lui, sachant que pour eux, la suprématie nationale est hyper importante avec un doublé possible. Donc plutôt une finale Bayern-Leverkusen, même si les gens parieront ce qu’ils veulent hein ! (rires.)

 

 

 

En quoi le huis clos change la manière de commenter, il faut en dire plus pour combler l’absence d’ambiance ? Tu as eu des consignes particulières avec Raphael Sebaoun et Candice Rolland ?

Pas particulièrement. On va essayer de se mettre dans le match et commenter comme on sait le faire.

 

 

Et chez les joueurs, on dit que cela handicape, mais est-ce que certains peuvent être libérés d’une pression des supporters ?

On fait du foot pour des stades pleins. La pression permet aussi de te transcender. Je considère que le football est un spectacle, il faut qu’il y ait des gens. Donc quand le stade est vide, c’est vrai que c’est très particulier. Moi en tant que joueur, je m’y retrouvais pas du tout là-dedans.

 

 

 

Retrouver du foot, c’est redonner du plaisir”

Le foot allemand est en train de prouver que reprendre n’était pas impossible. Tu penses que l’on a été trop vite à arrêter le championnat ?

Oui. Quand on dit ça, on a tendance à nous sauter dessus parce qu’il fallait d’abord penser à la santé avant l’économie et le foot. Mais je ne crois pas que ce soit des choses secondaires. Ceux qui le pensent sont sûrement derrière cette décision. Le foot est un vecteur économique et social hyper important et en France, malheureusement, cela passe souvent au second plan. Bien sûr qu’il fallait penser à la santé mais tous nos voisins reprennent. Eux n’y pensent pas du tout ? Ils y pensent aussi mais en contre-partie, je crois qu’ils essayent de tout faire pour ce vecteur social puisse reprendre. On pouvait allier les deux. Retrouver du foot, c’est redonner du plaisir aux gens. Passer des moments ensemble, même si c’est uniquement devant la télé. Les Allemands ont mis tout en place pour que cela se passe bien. Et ça marche.

 

 

Est-ce que c’est la preuve d’un mépris qui existe toujours pour le sport en France ?

Oui, j’en ai parlé un peu dans l’EDS. C’est le sport en général et en particulier le football. Malheureusement, cela confirme ce que l’on pense : on n’est pas un pays de sport et de foot. On aime le foot uniquement tous les deux ou quatre ans, quand la sélection nationale gagne un titre. Puis un mois après, il n’y a plus rien. C’est dommage, on pourrait surfer là-dessus. C’est un bol d’air pour beaucoup de gens et cela permettrait de voir les choses d’une manière plus positive. Cette passion est très importante pour la société.

 

 

Pour revenir aux commentaires, quelle qualité tu penses qu’il faut avoir pour un consultant ? Qu’est-ce que tu essayes de mettre en avant ? 

Le plus important c’est le ressenti que l’on a par rapport au match et mettre en avant le jeu, ce que j’ai toujours essayé de faire sur le terrain. Etre dans l’analyse technique et tactique. J’essaye de le vivre comme si j’étais joueur.

 

 

Qu’est ce que tu appréciais chez les commentateurs quand tu étais joueur ? Et ce que tu n’aimais pas du tout ? 

J’aimais celui qui faisait vivre l’évènement en ayant une analyse positive de ce qu’il voyait. Et ce que je n’aimais pas, c’est quand les commentateurs prenaient des joueurs en grippe et n’arrêtaient pas pendant 90 minutes à chaque erreur. Ça, c’était lourd. Mon idée, c’est de mettre en avant le positif.

 

 

 

J’aime mettre en avant ceux qui font jouer les autres”

En tant qu’ex-joueur, tu es du genre plus dur ou plus compréhensif avec eux ?

Moi, je suis plus compréhensif. Je peux comprendre un jour sans, ou un moment délicat dans une saison. Je ne vais donc pas accabler un joueur pendant 90 minutes. J’essaierai aussi d’insister sur des joueurs que l’on ne connaît pas trop et que l’on va découvrir. La spécificité de chaque joueur par rapport au collectif, j’aime bien ça. Ce n’est pas parce qu’un joueur va dribbler 50 fois que je vais vouloir le souligner. Il y a les joueurs qui font jouer les autres, j’aime bien les mettre en avant.

 

 

Tu préfères cet exercice ou être autour de la table de l’Equipe du Soir ?

J’aime bien les deux. C’est différent et c’est ce que j’aime faire. Commenter c’est aussi une autre approche de ce sport, ce sont de beaux évènements.

 

 

Tu t’imagines faire de la télé encore longtemps ? Tu te verrais être coach ensuite ?

L’éternelle question ! (rires.) Coach, c’est un investissement de tous les jours, et il faut passer les diplômes aussi. Je ne dis pas qu’il faut pas les passer, mais ils sont assez complexes pour pouvoir arriver au bout et entraîner une première division. Pour le moment, je ne suis pas dans cet esprit-là. J’aimerais, mais je voudrais peut-être trouver à la Fédé un autre moyen que passer des diplômes. Le fait d’entraîner ou être adjoint avec quelqu’un qui a plus d’expérience pourrait être pris en compte et remplacer les diplômes. J’ai passé le premier degré : c’est énormément de théorie et pas assez de pratique. On forme plus des professeurs que des passionnés qui peuvent amener leur vécu et leur expérience. C’est difficile d’apporter sa personnalité et ce qu’on l’aime faire. Il y a un vrai cadre et j’ai un peu de mal avec ça.

 

 

Programme des matchs (avec un son d’ambiance prévu par la chaîne) : 

 

Mardi à 20h45 : Sarrebruck – Leverkusen, commenté par Johan Micoud et Candice Rolland

 

Mercredi à 20h45 : Bayern Munich – Eintracht Francfort, commenté par Johan Micoud et Raphael Sebaoun