Il a réalisé le rêve ultime de n’importe quel supporter. 7 ans et demi après avoir quitté l’Argentine, Rafa (23 ans) a pu retrouver son River Plate dimanche à l’occasion du Superclasico à Madrid et le sacre historique en Libertadores face à l’ennemi Boca. De retour à Lyon, où il étudie le management sportif, il nous a raconté cette finale mémorable à tous les niveaux. 

 

Ton premier sentiment au coup de sifflet final ?

Un moment de joie intense, démesurée même. Des cris de joie, d’amour, de soulagement car ce fut un match très stressant. Le tout mélangé à la nostalgie puisque cela faisait 7 ans et demi que je n’avais plus revu River jouer dans un stade. Je n’avais jamais ressenti ça auparavant.

 

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T’avais espéré un jour que River batte le grand rival en finale de Libertadores ?

C’est assez paradoxal, car tous les supporters de River ou de Boca rêvent de battre leur plus grand rival dans une finale de Libertadores mais je pense que tout le monde voulait éviter de le jouer également, car l’humiliation pour le perdant serait éternelle… Heureusement, River a gagné, et c’est la plus belle page de l’histoire du club. Aucun supporter n’oubliera jamais ça. Les futures générations grandiront en sachant que River a battu Boca lors de la première finale de l’histoire entre ces deux équipes.

 

 

 

Le plus beau jour de ma vie”

A partir de quel âge tu es devenu supporter ?

A 9 ans, lorsque je suis arrivé en Argentine. J’adorais le foot mais je ne suivais pas vraiment une équipe. Lors de mon premier jour à l’école à Buenos Aires, on m’a invité à jouer au foot à la récré. Ils avaient tous le maillot de River, ils m’ont demandé qui je supportais et j’ai répondu “personne, je suis arrivé ici il y a quelques jours”. L’un d’eux a enlevé son maillot et me l’a prêté et ils m’ont dit “tu dois supporter River maintenant”. Trois jours après j’étais au Monumental avec eux et leurs parents, et depuis ce club est devenu l’amour de ma vie. En Argentine (2004-2011), j’ai vécu les années les plus sombres de l’histoire du club : joueurs médiocres, dirigeants corrompus et délinquants, descente en D2… Quand je compare à ce qu’on vit aujourd’hui, je me dis que je n’étais pas au bon moment. Mais je n’ai absolument aucun regret, tout au contraire.

 

T’aurais pu y aller si le retour avait eu lieu à Buenos Aires ?

Non, ç’aurait été impossible pour moi. Même si la finale aurait été beaucoup plus belle. Ce qui s’est passé est honteux, comme cette décision de jouer à Madrid. Je suis de ceux qui ne voulaient pas qu’elle se joue en dehors de l’Argentine. Cependant, je ne pouvais mas m’empêcher de voir ce match. J’ai vécu le plus beau moment de football de ma vie jusqu’à présent, et le plus beau jour de ma vie grâce à ce match à Madrid.

 

T’as eu peur que River ne veuille pas jouer ?

Non, pas vraiment. Le club a tout fait pour qu’il ne se joue pas en dehors du pays. Mais quand ils ont vu que ce serait impossible, ils n’avaient plus le choix, et les joueurs et staff avaient vraiment envie de jouer. Je pense que le fait que les dirigeants disent qu’ils ne joueraient pas, était un moyen de pression contre la CONMEBOL pour ne pas délocaliser le match.

 

Quel était le sentiment des supporters de River avant le match ? On parlait plus de la rencontre en soi ou du fait d’être à Madrid ?

Il y avait beaucoup d’énervement du fait que le match soit délocalisé, et surtout aussi loin, dans un pays qui n’a absolument rien à voir avec le foot sud-américain. La Libertadores rend hommage à ceux qui sont morts pour l’indépendance de l’Amérique (d’où le nom de la compétition), puis là, la CONMEBOL a vendu la compétition à l’Espagne, qui étaient les colonisateurs de l’Amérique à l’époque… Aucune logique. Les supporters parlaient beaucoup du match, mais aussi également du fait d’être à Madrid. Au lieu de parler d’un “Superclasico”, on parlait d’un “Superclasico à Madrid”.

 

Des supporters de River à Madrid

Des supporters de River à Madrid

 

T’as senti une ambiance particulière dans la ville ?

Sincèrement, oui. Déjà en partant le samedi à l’aéroport pour aller à Madrid, il y avait de nombreux maillots de Boca et River… Ensuite dans les Ubers, les bars, les gens parlaient tous du match, je m’attendais à quelque chose de grand, mais là c’était au-delà de mon imagination.

 

Comment tu as trouvé l’ambiance du Bernabeu ?

Je pense qu’il y a un avant et un après cette finale au Bernabeu. J’ai discuté avec des socios du Real et ils m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu une telle ambiance dans leur stade. Ils étaient sous le charme. Moi, j’étais agréablement surpris de l’ambiance proposée par tous les supporters (tant de River que de Boca). Bien évidemment, on était très très loin d’un Monumental ou d’une Bombonera. Mais quand on voit l’engouement autour de ces deux colosses du football sud-américain, qui réussissent à faire une énorme affluence au Bernabeu, avec une ambiance bouillante, on voit quel est l’impact qu’ont ses deux clubs non seulement avec leurs supporters, mais aussi avec les passionnés de foot.

 

 

Tu as fait un paquet de stade dans le monde… Quel est celui dont l’ambiance se rapproche un petit peu de l’Argentine ?

Je suis allé au San Mamés sous l’époque Bielsa et leur épopée européenne, c’était une belle ambiance.

 

Celui que t’as préféré en France ?

Geoffroy Guichard, de loin.

 

Pour toi, qui est le vrai responsable des débordements et de cette délocalisation ?

C’est un problème assez complexe, mais pour faire court, pour moi, les responsables sont les barras bravas protégés par les groupes politiques et la police.

 

Tu crois que ça va enfin faire bouger les choses dans le foot argentin ?

Malheureusement, non…

 

La sécurité était si omniprésente que ça à Madrid ?

Oui oui, énormément de policiers partout, un hélicoptère, camions, police à cheval. C’était vraiment impressionnant. Les Madrilènes disaient que c’est très rare d’avoir un tel dispositif pour un match de foot.

 

 

 

Pour nous, c’était River vs. le monde entier”

Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné et celui qui t’as le plus déçu vu du stade ?

Quintero lors de son entrée et celui qui m’a le plus déçu est Ponzio, notre capitaine qui a complètement raté son match.

 

Comment est perçu Quintero parmi les supporters de River ?

C’est un joueur à part, très supérieur aux autres techniquement et il a aussi une très bonne vision du jeu, un talent incroyable. Il est très apprécié des supporters. On sait que quand il joue il fera la différence. Avec le départ de Martinez en janvier, il sera titulaire et sera le maitre à jouer de cette équipe. (Si River ne reçoit pas d’offre folle…)

 

River a mis du temps à rentrer dans le match, ça t’a fait douter ?

La première mi-temps de River a été catastrophique. Avec l’enjeu, le contexte, et tout ce qui s’est passé…  Je n’étais pas serein du tout à la mi-temps. Mais ce River là a montré une fois de plus un caractère énorme, et un entraîneur qui sent parfaitement les coups tactiques à réaliser.

 

Les supps de River au Bernabeu

Les supps de River au Bernabeu

 

T’as tremblé sur le poteau de Boca à la 120e ou t’étais sûr de la victoire ?

J’ai tremblé, fort. Très fort !

 

Au delà de battre le rival en finale, qu’est-ce que tu savoures le plus dans l’histoire du match ?

C’est un mélange de tout qui fait que cette victoire est encore plus belle. On “nous” a volé notre finale dans notre stade. Ensuite dans notre pays. Et en plus, Boca faisait tout pour gagner sur tapis vert. Cela a rajouté du piquant au match, et à la rivalité aussi. Il y a eu les déclarations des joueurs de Boca qui ont été, pour moi, ridicules et pas nécessaires, puis le fait que le président de la nation soit supporter et ex-président de Boca, le fait que le président de la AFA soit supporter de Boca, et tous très proches du président du club, ça fait aussi penser à certaines choses. Cette victoire on ne la voit pas comme une victoire contre Boca, mais une victoire contre tout le monde. Pour nous, hier soir, c’était River vs. Le monde entier.

 

 

 

Gallardo et les trolls pour Griezmann

Quel est le futur de Gallardo selon toi ?

Le président a annoncé après le match que Gallardo reste au club. Je pense qu’il pourrait partir en juillet prochain ou janvier 2020.

 

Il occupe quelle place désormais dans l’histoire ?

C’est l’entraineur qui a remporté le plus de titres à River. C’est l’idole maximale du club, avec Labruna et Francescoli.

 

Gallardo lors de River-Boca au Bernabeu (Panoramic)

 

Les supps de River ont pensé quoi du post de Griezmann avec le maillot de Boca ?

Il s’est beaucoup fait troller. Les Argentins ne s’énervent pas pour ce genre de choses, ils préfèrent troller. Puis ils savent que Griezmann se prend pour un Uruguayen fan de Peñarol… sauf qu’un “fan” de Peñarol, avec un maillot de Boca, ça fait tache.

 

 

Quand on a vécu ça, on n’a pas peur que les autres matchs de son club paraissent fades à côté ?

Bien sûr qu’aucun match ne sera comme celui-ci, mais la passion pour le foot est tellement grande que je continuerai de tout regarder haha.

 

 

Pour en savoir plus sur River (et finir par détester Boca), Raphael est aussi sur Twitter