De Pini Zahavi à Kia Joorabchian en passant par Juan Figer, ces agents sont aussi incontournables qu’inconnus du public. Personnages clé d’un marché des transferts toujours plus opaque, ils sont aujourd’hui mis en lumière par Romain Molina dans La Mano Negra (Ed. Hugo Doc), un nouveau livre en forme de polar où se croisent oligarques, mafieux, montages off-shore et joueurs fantômes. De passage à Paris, l’auteur basé en Andalousie nous a parlé de ces histoires plus proches du thriller géopolitique que du sport et qui posent forcément beaucoup de questions. 

 

 

Bonjour Romain ! Tu peux nous raconter la genèse de La Mano Negra ? La dernière fois qu’on s’est parlé, tu préparais un livre sur Zidane…

Exact mais je ne pouvais pas avoir la profondeur que je souhaitais, donc j’ai dit à mon éditeur que je ne le sentais pas. Et puis, pendant l’été 2017, il y a eu le fameux transfert de Neymar et j’ai fait une petite série sur YouTube au sujet de l’agent israélien Pini Zahavi (House of Zahavi) qui a bien marché. Cette galaxie m’intéressait donc j’ai voulu faire quelque chose sur les mecs dont on ne parle jamais. À la base, ça devait rester un peu sur la France puis ça s’est internationalisé pour montrer qu’il y a d’autres sphères derrière le financier.

On a parlé avec le mec qui compile des photos improbables de footballeurs aux côtés d'animaux

 

Tu as tout de suite voulu te rapprocher du thriller dans la forme ?

Oui, il fallait trouver une vraie forme, pas théâtrale mais presque. Il y a un côté très film dans l’écriture, avec les starring par exemple. Tu vas rire mais là-dessus, c’est sont les cinématiques d’un jeu vidéo de PS2, Sly Racoon, qui m’ont inspiré ! Dans La Mano Negra, ce sont tous des personnages de fiction quasiment. Dans quel monde vit-on pour que Scotland Yard dise à l’oligarque Boris Berezovsky : “monsieur, faut arrêter de prendre du viagra, il y a des mecs qui vont vous empoisonner avec” ?

 

Pini Zahavi et Nasser Al-Khelaïfi au Parc des Princes lors de PSG/Amiens en août 2017 (Panoramic)

Pini Zahavi et Nasser Al-Khelaïfi au Parc des Princes en août 2017 (Panoramic)

 

 

 

Zahavi, c’est le serpent dans Le Livre de la jungle”

À quel moment tu t’intéresses à Pini Zahavi, l’homme derrière la venue de Neymar au PSG ?

Lors du transfert d’Eto’o à Chelsea, pendant l’été 2013. Plusieurs mecs dans le dossier me disent “Romain c’est bloqué” et puis d’un coup, que ça va se faire. Comment ? Parce que Pini Zahavi est intervenu et 48h plus tard c’était fait. Donc c’est pour cette raison et pour Portsmouth aussi, un club pour lequel j’ai une tendresse naturelle, qu’il a également aidé. J’avais des contacts qui le connaissaient un peu aussi donc j’ai voulu aller plus loin.

 

Tu peux nous expliquer la différence entre Zahavi et Mendes ou Raiola, beaucoup plus connus mais moins présents dans le livre ?

Eux, ce sont des dealmakers. Ils ont bien plus de joueurs et gagnent plus d’argent avec les commissions. Pini Zahavi, lui, c’est l’homme par qui le système de ces commissions a été mis en place. Parce qu’il a repris les préceptes d’un Uruguayen qui s’appelle Juan Figer (le doyen des agents qui a conseillé Pelé, Maradona, Romario ou Neymar), et c’est ce mec-là, champion d’échecs à la base, qui a tout inventé. Pini, ça va au-delà du foot. Les gens n’ont pas peur de lui, mais s’il est dans un dossier, personne ne va s’y mettre. Les mecs lui rendent des comptes, même les plus grands. Donc quand tu en arrives là, t’es plus le numéro un du game, t’es carrément le game.

 

Dans le livre, tu décris ses coups tordus mais on se pose aussi une question : est-ce que tu l’admires ?

J’admire son intelligence et son charisme, sa diplomatie et son humilité. Beaucoup de mecs pètent les plombs quand ils commencent à avoir du pouvoir ! Mais je n’ai ni admiration particulière, ni dégoût. J’essaye d’être réaliste pour brosser le portrait le plus juste. Je ne veux pas dire “oh la la, c’est la mafia, ils prennent de l’argent”, pas prendre un angle façon Mediapart. Mon angle c’était : comment on en arrive là ? Tu ne peux être qu’admiratif de son parcours mais il a aussi fait des trucs scandaleux à Mouscron (Belgique) ou Limassol (Chypre) ; j’ai essayé de souligner que dans tous les trucs un peu bizarres, il est là. C’est le passe-muraille, le mec ! Je voulais démêler le vrai du faux sur ce personnage à fantasmes.

 

 

Dans la discussion WhatsApp que tu retranscris, tu penses qu’il a essayé de t’embobiner sur quoi ?

Il essaye toujours, avec des “my friend” par exemple. C’est le serpent dans Le Livre de la jungle : en 5 minutes, il t’a embobiné. J’y suis allé un peu fort quand même, sur les mines d’or en Afrique par exemple, donc j’ai fait comme lui. J’ai retranscrit la discussion pour montrer ça et comment il m’a fait peur aussi. J’avais parlé de la guerre froide, de son visa pour l’URSS… Et là, je vois qu’il est en train de m’écrire. Ça dure 2 minutes, puis 5, puis 10… Sachant que je sais qu’il est à Barcelone pour négocier un transfert. Je me suis dit, il est en train de mettre quoi là ? J’avais contacté tout son entourage pour mettre quelques cailloux ici et là et j’avais aussi reçu pas mal de messages avant, on m’avait dit de me méfier. Donc je te cache pas qu’il m’a mis la pression !

 

As-tu pu le rencontrer finalement ? 

Je devais aller le voir à Londres pour la sortie de mon bouquin sur Unai Emery là-bas. Mais au dernier moment, il n’a pas pu et moi non plus. Je vais quand même lui donner le livre en main propre, ça va être marrant.

 

Pourquoi il te parle à toi et pas aux autres ?

C’est la grande question ! Il ne parle jamais, il va parler de ses clients de temps en temps, de Lewandowski, de Neymar. Sur sa vie, ça fait 12 ans qu’il n’a pas parlé. Là, il m’a parlé de son frère, de Mouscron. Il a intérêt à me parler, certains me disent dans son entourage que ça le fait marrer, que je l’ai fait rire en lui parlant de choses dont personne ne lui parle. C’est possible. Après, c’est un ex-journaliste et il travaille encore comme un journaliste.

 

T’as peut-être dû lui rappeler ses débuts justement…

Peut-être (rires). Mais moi je ne fume pas de gros cigare ! J’ai été mangé à une sauce peut-être, il doit bien savoir, mais je ne sais pas à quelle sauce. Je sais que quand les gens me parlent, à 90%, il y a un intérêt derrière. Après, ce n’est pas un criminel, ni un mafieux, il ne va pas pousser des journalistes sous le métro. Enfin, j’espère pas (rires). Et quand il sera plus là, ce sera un pugilat. Tout le monde voudra être capo à la place du capo, même si je vois bien l’Albanais Fali Ramadani lui succéder.

 

Tu pourrais faire une suite du bouquin juste sur Pini ?

Je pourrais ! Mais en fait, par lui, tu as 50.000 mecs (rires). Aujourd’hui par exemple, je me demande ce qu’il fait avec le président de Chypre. Souvent, ils se rencontrent. Et il voit sa famille genre, pique-nique à Limassol ! Donc oui, objet de fantasmes, toujours. Il y a de quoi devenir parano, il suffit de voir ce qu’il a fait pour la guerre froide. C’est quand même lui qui est l’architecte de la fin du boycott d’Israël-URSS. Donc à côté, gérer les transferts…

 

 

Pressions, écoutes et Kia Joorabchian

T’es devenu plus parano depuis le livre ?

Non, ça va ! J’ai été hacké plusieurs fois, je suis sur écoute. Un mec que je connais des renseignements m’a dit ça. Tu peux tomber parano mais j’essaye de ne pas l’être. Une fois ma mère avait reçu plus de 200 appels dans la journée, ça venait d’Italie, une femme lui rigolait au nez. Ma mère a été hackée plein de fois ces derniers mois, elle me dit “Romain arrête tes conneries”.

 

Mais qui aurait intérêt à te mettre sur écoute ? 

Je ne sais pas. Tu sais à Paris, il y a des gens qui pensent que je suis financé par les Saoudiens ! (rires) Avec mes 800 euros par moi, j’aimerais bien ! Ça suscite des fantasmes de gens qui pensent que je suis téléguidé mais non.

 

Honnêtement, quand on referme le bouquin, on peut en ressortir beaucoup plus complotiste.

Oui, j’en rigole de ça. Parfois, je dis qu’on va croire que les petits hommes verts existent, parce que tu te dis que c’est trop, surtout vis-à-vis des oligarques. Maintenant, je suis juste là pour dire qu’il y a des zones d’influence, j’explique comment on en arrive là. Tu remarques que tous les profils des mecs, ce sont des polyglottes, diplomates et d’une grande intelligence. Et qui viennent d’un autre milieu que le monde sportif comme les échecs ou le journalisme. Toujours un peu ce profil, très discret, qui ne vont jamais se montrer en public. Et il y a aussi quelques criminels de renom.

 

Le fait de vivre en Andalousie, c’est un avantage pour travailler ?

Quelque part ça peut m’aider parce que, comme je suis indépendant, des gens viennent peut-être plus facilement à moi. Certains aiment bien parler avec moi ou me demandent des infos. On m’a même proposé récemment d’ouvrir un truc de détective privé dans le foot ! Mais moi je n’ai jamais monnayé d’infos, contrairement à d’autres.

 

T’as eu droit à des coups de pression ?

L’avocat de Kia Joorabchian (agent anglo-iranien surnommé “Little Pini”, conseiller de Willian ou Coutinho) m’a mis quelques pressions. Des messages à minuit et demi le samedi soir, pour me dire que j’avais interdiction de contacter son client et toutes les personnes de sa société toute ma vie. Ad vitam eternam ! Le mec est juge et bourreau (rires).

 

Kia Joorabchian lors de Chelsea/Everton en octobre 2011 (Panoramic)

Kia Joorabchian lors de Chelsea/Everton en octobre 2011 (Panoramic)

 

Ça te donne pas envie de basculer de l’autre côté et d’être intermédiaire ? Un agent répète dans le bouquin que “l’argent, on aime tous ça”

Il y a des journalistes qui font ça en France, t’inquiète pas ! Des mecs très connus. Mais non, si un jour je dois rentrer dans le milieu du foot, c’est pour être conseiller des propriétaires ou du président. Si je rentre dedans c’est pour avoir de l’influence et du pouvoir, sinon cela ne m’intéresse pas. M’occuper des joueurs, avec les frères, “je veux 50% etc” etc… pfff !

 

T’as déjà été contacté ?

Deux fois, par des gens qui voulaient racheter des clubs. Mais j’ai vu le montage dans les îles Vierges britanniques, donc c’était fini. Ils m’avaient proposé 100.000 euros sur le rachat et 100/150.000 sur l’année pour être directeur technique. Ma mère m’a dit que j’étais con ! C’est peut-être bête, mais je ne suis pas motivé par l’argent.

 

Pourquoi un mec comme Mendes a l’air un peu sur le déclin aujourd’hui ?

Il y aurait un problème extra-sportif dans sa vie. Il ne devrait pas pouvoir continuer à ce rythme-là très longtemps et commence à être persona non grata ici et là. Il a fait des grosses erreurs ces derniers temps.

 

Football Leaks lui a fait du mal ?

Ça l’a un peu emmerdé aussi, oui. Il reste très fort mais il a perdu de sa superbe, parce qu’il a trop de personnes, trop de clients. Et surtout, il ne s’est pas entouré des collaborateurs les plus fiables. C’est intéressant de voir le bordel foutu au Gabon avec Déco par exemple. Mendes est trop gourmand alors que Pini sait quand s’arrêter.

 

 

 

Mediapart est hors sujet sur les Football Leaks”

T’es plus critique sur certains journalistes de Football Leaks que sur les agents. Pourquoi ?

Ce qui me gêne surtout, ce sont ceux qui jouent au chevalier blanc et qui ne le sont pas. Je préfère les escrocs qui ne se cachent pas. Mediapart, on dirait le Saint Graal et qu’il faut se prosterner ! (rires). Moi, je connais la réalité des Football Leaks et c’est prendre les gens pour des cons l’histoire de John, le Robin des Bois des temps modernes. Pourquoi a-t-il tenté d’extorquer Doyen Sports à la base ? Il y a un truc pas net là-dedans.

 

Tu n’apprécies pas le traitement de l’affaire fait par Mediapart ?

J’ai beaucoup de respect pour eux mais ils ont fait un hors sujet. Ils ne sont pas dans le foot et ils le reconnaissent. Pour eux, le foot s’analyse comme n’importe quelle industrie : juste avec l’angle financier. Sauf que c’est est un rouage d’une mécanique bien plus large. L’industrie footballistique, en termes de revenus qu’elle génère, n’est pas si énorme que ça. Comment explique-t-on que des tas de milliardaires, de politiques et de criminels soient autant intéressés pour investir dans des clubs ? Beaucoup de gens sont choqués de voir à quel point le traitement de Mediapart a été superficiel.

 

T’as pu échanger avec eux sur le sujet ?

Yann Philippin m’a envoyé quelques messages, parce qu’il n’était pas content de ce que j’avais dit. Apparemment, je “cherche à faire du buzz sur le dos de Mediapart pour vendre des livres”. C’est même plus l’hôpital qui se fout de la charité, là ! (rires). Je lui ai dit que je n’allais pas me coucher devant lui dans un débat. Avec tout l’amour que j’ai pour lui et Mediapart, je lui pose trois questions et c’est fini, KO technique. Je l’ai eu il y a quatre mois au téléphone, il ne savait pas qui était Kia Joorabchian. Avoir du caviar entre les mains et ne pas savoir l’exploiter… Yann Philippin est très bon dans son domaine, le montage financier, le règlement du FPF, je ne critiquerai jamais ça mais on revient en France à un problème qui sidère, c’est qu’on juge le foot et ce qui est sportif avec un ton dédaigneux.

 

Comment Yann Philippin s’est-il défendu ?

Il m’a répondu “trouve mes erreurs”. Mais c’est très facile : “Pini Zahavi est l’inventeur de la TPO” ? Non, c’est Juan Figer. “Est-ce que Pini Zahavi peut négocier son statut fiscal en Israël” ? Mais il n’a qu’à prendre son téléphone !

 

Tu penses que les autres médias européens l’ont mieux traité ?

Ça dépend de la sensibilité des mecs. Costin Stucan en Roumanie est très fort par exemple. Mais ce n’est pas normal qu’en France, ce soit Mediapart qui gère ça. Le partenariat avec L’Equipe est bien mais pourquoi ils ne vont pas prendre leurs spécialistes de l’investigation comme Alban Traquet ou Grégoire Fleurot pour traiter la question ensemble ? Ça aiderait tout le monde et le bien commun que Mediapart dit défendre. Mais au final cela aide qui ? L’égo disproportionné de ces gens-là qui vont te donner des leçons de morale et de journalisme.

 

On parle souvent des dégâts que cela fait au PSG ou ailleurs, mais à qui cela profite ?

C’est la vraie question. J’ai été contacté pour rejoindre une enquête lancée par plusieurs journalistes d’investigation. Le but est de savoir d’où ça vient car personne ne croit à la version Robin des Bois. 

 

 

 

Poutine, Aulas et La Mano Negra

Comme Football Leaks, tu évoques le transfert de Mbappé dans le livre. Tu crois à la théorie d’une intervention de Poutine pour relancer les discussions entre le PSG et l’ASM ?

C’est plutôt ça, le vrai secret du transfert de Mbappé. Comment Rybolovlev accepte de renégocier avec Paris alors que tout est fini ? Poutine, c’est la rumeur qui circule. Je ne crois pas aux fantasmes et Zahavi me jure qu’il n’est jamais intervenu. Mais j’ai des sources à Monaco, au Qatar, au PSG qui me donnent la même version. Le vrai secret du transfert, il est là. Le 23 août au soir, c’est fini, c’est mort. Et deux jours après les discussions reprennent… Pareil pour Neymar, il y a deux contrats. Là-dessus aussi, il aurait fallu que Mediapart sorte de son bureau. Même chose sur Kanté, ce n’est pas du tout l’histoire qu’ils racontent.

 

On croise également Jean-Michel Aulas au sujet du transfert de Nilmar. En 2006, il est transféré au Corinthians via MSI, soupçonnée de blanchiment d’argent au profit de la mafia russe. 

Je suis étonné qu’on ne reprenne pas plus cette info de fou. Ce sont quand même 10 millions pris à un mec qui finançait Ben Laden en Tchétchénie ! Normalement, il devrait y avoir une enquête aujourd’hui en France. Il y avait des mandats d’arrêts internationaux contre ces mecs et Lyon ne savait pas ? C’est étrange. Mais personne n’en parle pour le moment, alors que beaucoup de gens veulent se faire Aulas aujourd’hui.

 

Au casting de ton livre, il y a un tellement de mafieux qu’on se demande forcément à un moment ce que pensent les joueurs mêlés à ces affaires. 

J’ai ai eu pas mal en off, mais comme on est dans des strates diplomatiques et géopolitiques, ça dépassait les joueurs et les agents. Certains sont quand même super contents, ils ont un bon salaire. D’autres non, ça dépend de la conscience de chacun. L’histoire du joueur roumain Manea est folle par exemple : il croyait appartenir à Chelsea, il ne se sentait plus alors qu’en fait, il avait signé à Limassol en Chypre.

 

Il y a aussi une autre catégorie : les joueurs fantômes.

Un jour, Figer, pour se faire payer en commissions, a vendu un joueur qui n’a jamais joué à Valence. Maintenant il est carreleur je crois, dans la région. Ils ont payé le transfert 1,5 million juste pour la commission. 50% des transferts sont faits juste pour l’intérêt financier. A Mouscron, tu as 30 arrivées, 30 départs chaque année. C’est un hall de gare.

 

 

Quelle est l’histoire la plus complexe sur laquelle tu as enquêté ?

Le Brazilian Football Project autour de Corinthians. Ils sont quasiment tous morts. Accident d’hélicoptère, mystérieuse crise cardiaque, pendu dans sa baignoire… C’est génial, c’est un vrai polar. C’est une série. Honnêtement, je pense que si c’est producteurs lisent La Mano Negra, ils voudront l’adapter.

 

Tu y penses déjà ?

Ouais, j’ai déjà créé un dossier de trois saisons, avec un scénariste. On a un petit producteur qui a signé, maintenant on attend autre chose. Ça se baserait que sur des faits réels, des trucs que je n’ai pas eu la place de mettre dans le livre. Des trucs très importants, notamment vis-à-vis des services secrets, des tentatives de meurtre. Mais on sait jamais, il pourrait y avoir un tome 2, genre Football Most Wanted Men. Ça, j’aimerais le faire !

 

Qui pourrait incarner Pini Zahavi au cinéma ?

Viggo Mortensen. Mon pote scénariste m’a demandé ce que j’en pensais. Ce genre de personnage, ça pourrait être lui. Faudrait un mec ultra charismatique, genre force tranquille. Et capable de déconner et de manger des cacahuètes en regardant un match de D2 anglaise avec une bière. James Spader pourrait aussi être bien.

 

Il y a quelque chose dans ta vie qui fait que t’es attiré par ce genre d’investigation ?

Je n’arrive pas à fermer les yeux. Quand il y a un truc, je cherche toujours à savoir le pourquoi du comment, depuis que je suis gamin.

 

Tu arrives encore à aimer le foot en sachant ces choses-là ?

Oui, je suis détaché de tout. J’aime toujours aller au stade.

 

Est-ce tes futurs projets seront un peu moins sulfureux ?

Le prochain livre s’appellera Rêves de Mondial, toujours chez Hugo Sport, sur les pays qui ne vont jamais à la Coupe du monde. C’est une sorte de suite de Galère Football Club, mon premier livre, avec des nations. Sinon, j’aimerais faire une bio de Falcao. Au travers du joueur, t’as l’évolution des 30 dernières années de la Colombie et il fait partie des rares mecs exemplaires comme Cavani. Il n’est pas médiatique et a une vie très spéciale : quand il rentre chez lui à Bogota, pour sortir genre aller au ciné il doit se déguiser par exemple.

 

Pour finir, d’où t’es venu le titre La Mano Negra ?

Pour une fois je trouve ce titre correct ! Je suis nul pour ça normalement… Je suis fan d’un docu d’ESPN qui s’appelle The Two Escobars, sur la vie croisée d’Andrés Escobar et Pablo Escobar, les menaces de mort sur la sélection colombienne au Mondial 94 etc. Et à un moment donné, un mec dit “Hay una mano negra…”. En Colombie et au Venezuela, c’est très utilisé comme expression. Donc ce n’est pas pour les anarchistes andalous de l’époque ou Manu Chao, c’est pour ce docu. On ne sait pas ce qu’il y a derrière, mais on sait que le mec qui va jouer va mourir parce qu’il y a une Mano Negra. C’est pour ça que ce n’est pas un livre de foot.

 

"La Mano Negra" le livre de Romain Molina - novembre 2018

 

La Mano Negra de Romain Molina, disponible chez Hugo Doc (17 euros).