Dans une longue interview accordée à El Pais, Juninho évoque la présidentielle au Brésil et le soutien de plusieurs joueurs à l’extrême droite qui le met “en colère”

 

Le Brésil va-t-il élire son Donald Trump ? Avec 32% d’intentions de votes pour le premier tour de la présidentielle de dimanche, l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, candidat du PSL (Parti social libéral) et habitué des sorties racistes, homophobes ou misogynes, est bien à craindre. Une popularité que l’on retrouve particulièrement dans le foot, où ses soutiens se multiplient (Lucas Moura, Felipe Melo, Jadson…), même si certaines voix s’élèvent pour lutter contre ce phénomène. A commencer par celle d’un Brésilien bien connu en France, Juninho Pernambucano : “Je me mets en colère quand je vois un joueur ou un ex-joueur voter pour l’extrême droite”, s’indigne-t-il vendredi dans une interview à El Pais.

 

 


Car pour la légende de l’OL, désormais installée aux Etats-Unis, ces joueurs oublient la réalité que vivent la majorité des Brésiliens et qu’ils ont pourtant connu. “Nous venons d’en bas, nous avons été élevés au sein du peuple. Comment ne plus le voir ? Tu vas soutenir Bolsonaro, mon frère ?”, s’étonne-t-il à propos de ces footballeurs qui appartiennent désormais à la classe aisée et se retrouvent, entre autres, séduits par le discours autoritariste du candidat, en plus du positionnement religieux.

 

 

Jair Bolsonaro en août 2018 au Brésil (Panoramic)

Jair Bolsonaro en août 2018 au Brésil (Panoramic)

 

 

La dédicace de Felipe Melo au “futur président Bolsonaro”

Ce qui choque Juninho (43 ans), retraité depuis 2014, c’est également de voir qu’un ex-militaire nostalgique de la dictature (1964-1985) se retrouve aujourd’hui aux portes du pouvoir de cette jeune démocratie. Car selon lui, l’armée ou l’assouplissement du port d’armes ne fera évidemment pas diminuer l’insécurité. “Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés sous la dictature. C’est désespérant de voir que des gens soutiennent une intervention militaire. L’armée est là pour défendre le pays, protéger les frontières mais pas pour tuer un Brésilien dans une favela”, estime celui pour qui mettre des jeunes en prison ne fera qu’augmenter les problèmes : “Quand ce jeune sortira, il voudra seulement se venger de la société”. 

 

Si Paulo André (Atlético Paranaense), autre ancien de Ligue 1 (Le Mans), a quant à lui publié un manifeste anti-Bolsonaro, le foot brésilien a pris l’habitude de valider les idées de l’ancien militaire, victime d’une récente tentative d’assassinat. “Ce but est pour notre futur président Bolsonaro”, a même lâché Felipe Melo (Palmeiras et ex-Inter) il y a quelques jours, rappelant clairement son soutien au candidat d’extrême droite. Depuis Londres, c’est Lucas Moura qui s’est mis à dos de nombreux fans quelques jours plus tôt en affichant son soutien sur Twitter, estimant que les idées du candidat pouvaient régler l’insécurité. Et même Ronaldinho a été pressenti pour le soutenir il y a quelques mois.

 

 

 

 

 

Le côté humain des Français m’a éveillé à la politique”

Face à cette situation, Juninho n’exclut donc pas de s’engager un jour en politique, comme Romario ou Bebeto l’ont déjà fait, en plus de l’icône Socrates, qui avait grandement lutté contre la dictature. Admirateur de Lula (Parti des travailleurs), l’ex-président de 72 ans emprisonné et interdit de se représenter à ces élections, l’ancien lyonnais dit notamment avoir été transformé par son passage en France. “Le côté humain des Français m’a éveillé à la politique, assure-t-il. Il y a aussi une partie extrémiste, raciste, contre les musulmans. Mais les Français sont plus humains. J’ai vu le plus jeune joueur de mon club se voir proposer un salaire double ailleurs mais refuser car il jouait dans le club de sa ville. Moi je ne comprenais pas à l’époque, je ne voyais que le côté financier”, se souvient l’ex-international, avant de citer d’autres exemples de footballeurs venus de pays en guerre et “plus respectueux”.

 

Juninho (OL) contre Glasgow Rangers en octobre 2007 (Panoramic)

Juninho (OL) contre Glasgow Rangers en octobre 2007 (Panoramic)

 

 

S’il souhaite alerter l’opinion avant qu’il ne soit trop tard, Juninho, qui a décliné une proposition pour intégrer le staff de l’OL, veut toutefois rester loin du Brésil pour le moment. Car après un départ tumultueux de la chaîne Globo, où il a notamment reçu des menaces de mort pour avoir critiqué Vinicius Jr., début 2018, l’expert des coups-francs prend aussi ses distances avec un paysage médiatique qu’il juge durement. Pour Juni, la plupart des journalistes brésiliens ne sont pas intègres et mettent en danger les jeunes footballeurs, raison pour laquelle il propose notamment de mettre fin aux interviews au bord du terrain, les jugeant néfastes pour l’image de joueurs qui ne “peuvent pas s’exprimer normalement après 90 minutes d’effort intense”. Des idées, du caractère : Juni ferait sûrement du bien au foot français. Et à son pays.

 

MAJ du 7 octobre : Ronaldinho et Rivaldo ont eux aussi affiché leur soutien à Jair Bolsonaro sur Instagram.

 

 


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“ Os verdadeiros problemas do Brasil: crise econômica, desemprego, violência, saúde, educação e corrupção. O que discutem nessa eleição: ideologia de gênero, machismo, racismo e feminino. Entenda uma coisa: O SEU VOTO VAI ESCOLHER UM PRESIDENTE E NÃO UM PAI. Precisamos que ele resolva os problemas do nosso país e não que nos ensine valores, isso temos que aprender em casa e na escola. Se tivéssemos que aprender valores com o presidente, hoje estaríamos presos em Curitiba. “ Não eduque seus filhos para respeitar homossexuais, negros, brancos, índios. Eduque seus filhos para respeitar O SER HUMANO. Assim você não precisará dar explicações sobre as características ou escolhas de cada um.”” Faço minhas as palavras desse autor. #soubolsonaro #sou17

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